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COP21 : les grandes absentes de la Conférence Climat

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COP21 Paris 2015

Entrée du Centre de conférence (« zone bleue ») sur le site de la COP21 au Bourget (©flickr-UNclimatechange)

L’accord de la COP21 finalisé le 12 décembre après 13 jours de négociations constitue une vraie victoire diplomatique. Reste à mettre en œuvre les moyens concrets permettant de limiter le réchauffement climatique « nettement en dessous » de 2°C à l’horizon 2100(1), ambition commune des 195 pays réunis au Bourget. Durant la Conférence Climat, plusieurs sujets fondamentaux ont été éludés. Parmi ceux-ci figurent la démographie et l’avenir du nucléaire.

De l’énergie pour combien d’hommes en 2100 ?

  • Projections démographiques de l’ONU

A mi-2015, la population mondiale a atteint 7,3 milliards d’habitants(2), dont près de 60% vivant en Asie (4,4 milliards de personnes) et 16% en Afrique (1,2 milliard). L’ONU estime que cette population pourrait encore croître de plus de moitié d’ici à 2100 pour atteindre 11,2 milliards d’humains(3) malgré une baisse progressive du taux de fécondité (de 2,5 enfants par femme en moyenne en 2010/2015 à 2 enfants en 2095/2100).

Si le taux de fécondité était réduit au niveau mondial de 0,5 enfant par rapport à ces projections d’ici à la fin du siècle (atteignant alors 1,5 enfant en 2095/2100), la population augmenterait en revanche jusqu’à 2050 avant de décroître à hauteur de 7,3 milliards en 2100, soit la population actuelle. En définitive, l’ONU souligne que de petites variations du taux de fécondité auront de façon assez évidente un impact majeur sur la population mondiale à la fin du siècle.

C’est en Afrique que le taux de fécondité est actuellement le plus élevé (4,7 enfants par femme en 2010/2015), continent où la population de 10 pays(4) pourrait quintupler d’ici à 2100 selon l’ONU, tandis qu’il est le plus faible en Europe (1,6 enfant par femme). A l’horizon 2100, la population de l’Afrique pourrait avoisiner celle de l’Asie, ces deux continents étant alors susceptibles de compter pour 82,7% de la population mondiale.

La croissance démographique proviendra en particulier des 48 pays les moins développés au monde, leur population cumulée (954 millions en 2015) étant amené à croître de près de 40% dans les 15 prochaines années et à doubler d’ici à 2050 selon le scénario de référence de l’ONU. Au-delà de ces données chiffrées, il apparaît ainsi que la population va principalement augmenter dans des pays consommant très peu d’énergie à l’heure actuelle mais qui ont légitimement vocation à « rattraper » leur retard de développement(5).

Pour atteindre l’objectif de la COP21 à l’horizon 2100, il apparaît ainsi vital que les milliards d’hommes supplémentaires aient recours à des énergies « décarbonées ». Le transfert de technologies « socialement et écologiquement rationnelles » vers les pays en développement fait ainsi partie des engagements pris lors de la Conférence Climat bien que les modalités de ces transferts doivent encore être précisées (article 10 de l’accord).

  • Rappels sur la consommation d’énergie par habitant

Selon les dernières données de l’AIE, un homme consomme en moyenne 1,9 tep d’énergie primaire par an et émet 4,52 tonnes de CO2 liées à cette consommation (moyennes mondiales en 2013). Il existe naturellement de très fortes disparités entre les différents pays, qu’ils soient développés, « grands émergents » ou en développement. Un Sénégalais consomme par exemple annuellement 0,3 tep, un Chinois 2,2 tep, un Français 3,8 tep, un Américain 6,9 tep et un Qatari 18,5 tep.

Les émissions de CO2 associées à cette consommation varient également fortement, de moins de 0,5 tonne par habitant dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne à 16,2 tonnes aux États-Unis et davantage encore dans certains pays pétroliers du Moyen-Orient (Émirats arabes unis, Koweït, Qatar). Ces émissions dépendent de la quantité d’énergie consommée par habitant et des sources d’énergie consommées, selon qu’elles soient décarbonées ou non. Ainsi, l’Islande consomme par exemple 6 fois plus d’énergie par habitant que l’Iran mais les émissions par tep y sont presque 7 fois plus faibles (les besoins énergétiques sont principalement satisfaits par la géothermie en Islande et par le gaz naturel en Iran).

Selon le scénario de référence de l’AIE, la demande mondiale d’énergie devrait croître d’un tiers entre 2013 et 2040, ce qui impliquerait une légère augmentation de la consommation d’énergie par habitant. Malgré le « rattrapage » des pays en développement, la consommation d’énergie par habitant de l’Inde devrait encore rester 40% en dessous de la moyenne mondiale en 2040 d’après les estimations de l’Agence.

Consommation d'énergie primaire par habitant par an

Consommation d'énergie primaire par habitant en 2013 (©Connaissance des Énergies)

Énergies nucléaires : une solution pour le climat ?

Durant les 2 semaines de négociations au Bourget, il a beaucoup été question de « désinvestissements » des énergies fossiles et de développement des énergies renouvelables. Dans le texte final, la seule mention à l’énergie se résume en revanche à « la nécessité de promouvoir l'accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique, en renforçant le déploiement des énergies renouvelables » (cette mention figure dans le texte précédent l’accord à proprement dit).

La place de l’énergie nucléaire, plus précisément des énergies nucléaires (fission et fusion), a été très peu évoquée malgré la présence au Bourget d’organisations représentant la filière comme l’AIEA et d’ONG appelant à la fin de l’exploitation de cette énergie. Il a toutefois été rappelé par certains acteurs que le nucléaire présente, comme les énergies renouvelables, l’avantage d’avoir une production décarbonée (même si, pour les réacteurs actuels de 2e et 3e génération, des émissions de gaz à effet de serre restent associées à leur construction et à leur démantèlement ainsi qu’à l’approvisionnement, l’enrichissement et au retraitement de leur combustible).

En clôture de la COP21, l’AIEA s’est félicitée de l’ambition de l’accord en considérant que le recours à l’énergie nucléaire serait absolument nécessaire dans la lutte contre le changement climatique. L’agence plaide pour la construction de 1 000 GW de nouvelles capacités d’ici à 2050 alors que le parc mondial n'a actuellement qu'une puissance installée de 382 GW répartie entre 442 réacteurs « opérationnels ».

L’énergie nucléaire génère aujourd’hui 11% de l’électricité mondiale, part que l’AIEA espère voir augmenter à hauteur de 17% en 2050. A l’heure actuelle, 64 réacteurs sont en cours de construction dans le monde dont 21 en Chine. Le manque de confiance de certaines opinions publiques dans cette énergie pourrait toutefois grever son développement.

Des réacteurs modulaires de plus petites tailles pourraient se développer (à l’horizon 2022/2023 selon le secrétaire américain à l’énergie Ernest Moniz). Le déploiement possible de réacteurs de 4e génération surgénérateurs puis de réacteurs à fusion pourrait ouvrir de nouvelles perspectives au nucléaire mais à un horizon plus éloigné (aux environs de 2050 pour les réacteurs de 4e génération, fin du XXIe siècle pour la fusion(6)).

Sources / Notes

(1) Par rapport aux températures préindustrielles.
(2) Soit 1 milliard de plus qu’en 2003. Données issues de « World Population Prospects, 2015 revision », Nations Unies
(3) Dont 40% en Afrique dont la population pourrait presque quadrupler.
(4) Angola, Burundi, République démocratique du Congo, Malawi, Mali, Niger, Somalie, Ouganda, Tanzanie, Zambie.
(5) Et à consommer suffisamment d’énergie pour se développer et assurer leurs besoins vitaux comme l’induit le principe de « responsabilités communes mais différenciées » rappelé durant la COP21.
(6) Nucléaire du futur, CEA