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Centrale nucléaire de Fessenheim

Centrale nucléaire de Fessenheim

Extérieur de la centrale nucléaire de Fessenheim et départ des lignes à haute tension (©EDF-Mario Fourmy)

À RETENIR
  • Située dans le Haut-Rhin, la centrale nucléaire de Fessenheim est composée de 2 réacteurs à eau pressurisée.
  • Cette centrale génère près de 10 TWh par an, soit de l'ordre de 2% de la production électrique annuelle de la France.
  • François Hollande s'est engagé à fermer cette centrale qui est la plus ancienne en activité du parc nucléaire français (les réacteurs ont été connectés au réseau électrique en 1977). 
  • En avril 2017, le conseil d'administration d'EDF a adopté une délibération prévoyant le dépôt d'une « demande d'abrogation de l'autorisation d'exploiter Fessenheim » dans les six mois précédant la mise en service de l'EPR de Flamanville (envisagée courant 2019).
Définition

En France, le parc électronucléaire est constitué de 58 réacteurs en activité, répartis dans 19 centrales. Deux de ces réacteurs sont implantés sur la commune de Fessenheim dans le Haut-Rhin (en Alsace). Disposant chacun d’une puissance électrique de 900 MW, ils ont fourni, en cumul, près de 2,4% de la production électrique française en 2015 et 1,6% de celle-ci en 2016(1).  

La centrale de Fessenheim fait l’objet d’une forte attention médiatique depuis l’engagement de campagne de François Hollande de fermer ce site(2). Connectée au réseau en 1977, la centrale alsacienne est la plus ancienne parmi celles en activité du parc nucléaire français.

Le débat autour de  la fermeture du Fessenheim porte sur la durée d’exploitation de cette centrale mais également sur son emplacement proche d’une zone sismique et sur sa capacité à supporter une catastrophe naturelle. La fermeture du site contribuerait à réduire la proportion du nucléaire dans le mix électrique français, conformément à l'objectif de la loi de transition énergétique de ramener cette part à 50% en 2025 contre 72,3% en 2016 (la loi de transition prévoit par ailleurs un plafonnement de la capacité nucléaire au niveau actuel alors que l'EPR de Flamanville doit être mis en service).

En avril 2017, le conseil d'administration d'EDF a adopté une délibération prévoyant le dépôt d'une « demande d'abrogation de l'autorisation d'exploiter Fessenheim » dans les six mois précédant la mise en service de l'EPR de Flamanville (envisagée courant 2019).

Fonctionnement technique

La centrale de Fessenheim est composée de 2 réacteurs à eau pressurisée (REP), filière commune à l’ensemble des réacteurs du parc nucléaire français. Il s’agit des premiers REP mis en service en France : ils sont dits de palier technologique « CP0 » (contrat programme zéro), comme ceux de la centrale du Bugey dans l’Ain.

Concrètement, des assemblages de combustible (uranium enrichi en U235) sont insérés dans le cœur de chaque réacteur, chacun étant immergé dans une cuve d’eau. La réaction de fission en chaîne au sein du combustible dégage de la chaleur qui est transmise à l’eau environnante. Cette eau, dite « primaire », ne bout pas car elle est maintenue sous forte pression (155 bar).

La centrale de Fessenheim ne nécessite pas de grande tour aéroréfrigérante. 

L’eau « primaire » circule en circuit fermé entre la cuve du réacteur et 3 générateurs de vapeur. Dans ces derniers, elle transmet sa chaleur à un second circuit d’eau dit « secondaire ». L’eau du circuit secondaire entre alors en ébullition car elle est soumise à une pression beaucoup plus faible (70 bar) que celle du circuit primaire.

La vapeur ainsi produite transite par un turboalternateur qui produit de l’électricité. En sortie de turboalternateur, la vapeur d’eau est condensée(3): elle est refroidie par de l'eau du Grand Canal d’Alsace (pompée puis restituée en partie au cours d’eau sans qu’elle soit entrée en contact avec l’eau du circuit secondaire). La centrale de Fessenheim ne nécessite donc pas de grande tour aéroréfrigérante. L’eau du circuit secondaire est ensuite réacheminée vers les générateurs de vapeur pour un nouveau cycle.

Principe de fonctionnement d’une tranche nucléaire de la centrale de Fessenheim (©CDE)  
Principe de fonctionnement d’une tranche nucléaire de la centrale de Fessenheim (©Connaissance des Énergies)

Enjeux par rapport à l'énergie

Après sa mise en service, il était prévu d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim durant 40 ans, soit jusqu’à fin 2017. En effectuant des investissements de sûreté sur le site, EDF souhaitait poursuivre aujourd’hui cette exploitation au-delà de 40 ans, pour une durée minimale de 50 ans. Les partisans de la prolongation de l’exploitation de Fessenheim s’appuient sur le fait que l’Autorité de Sûreté Nationale (ASN) a validé cette prolongation à chacune de ses visites décennales, la dernière d’entre elles ayant été effectuée en 2009/2010 pour le réacteur 1 et en 2011/2012 pour le réacteur 2 de la centrale.

La fermeture de Fessenheim fait partie de l’accord de mandature conclu entre socialistes et écologistes en 2012.

Des investissements de sûreté supplémentaires sont réclamés par l’ASN (notamment un renforcement du radier(4) et la mise en place d’un système de refroidissement de secours supplémentaire) mais EDF considère que ceux-ci sont supportables au regard du coût peu élevé de production de l’électricité par cette centrale.

Au contraire, les partisans de la fermeture de Fessenheim voient dans l’arrêt du site une première étape de la sortie du nucléaire. La fermeture de Fessenheim fait partie de l’accord de mandature conclu entre socialistes et écologistes en 2012. Le risque sismique est également fréquemment mis en avant par les militants antinucléaires. Dans la région, le dernier séisme de grande envergure a eu lieu en 1356 à Bâle (niveau estimé entre 6,2 et 6,9 sur l’échelle de Richter selon les analyses). La centrale a pour sa part été conçue pour résister à un tremblement de terre de magnitude 6,7. L’ASN n’a toutefois pas jugé que le risque d’une catastrophe naturelle exige une non-prolongation de la centrale. A ce titre, EDF considère cette fermeture comme une décision basée sur des motifs politiques.

Les partisans d’une fermeture de Fessenheim avancent par ailleurs les risques d’inondation (pouvant être provoquée par une rupture des digues du Grand canal d’Alsace) et les risques d’ordre terroriste. En 2016, 22 incidents de niveau 0 et 1 incident de niveau 1 sur l’échelle INES ont été déclarés par EDF sur la centrale de Fessenheim. Ces incidents sont des événements mineurs qui ne mettent pas en danger l’environnement du site.

Acteurs majeurs
  • L’exploitant : EDF exploite la centrale de Fessenheim comme l’ensemble des autres centrales du parc nucléaire français.
  • Les « investisseurs » : la centrale de Fessenheim a été construite par EDF, avec le soutien financier du groupe allemand EnBW (participation de 17,5%) et d’un consortium de sociétés suisses regroupant Alpiq, Axpo et BKW (participation de 15%). Ceux-ci continuent à contribuer aux dépenses d’exploitation et aux investissements sur la centrale. En contrepartie, ils prélèvent un volume d’électricité proportionnel à leurs investissements.
  • L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) : elle fixe des normes de sûreté, assure des contrôles réguliers dont les « visites décennales » (tous les 10 ans) qui visent à fixer de nouveau standards de sûreté, au regard des retours d’expériences des centrales nucléaires dans le monde (et des accidents comme celui de Fukushima Daiichi).
Chiffres clés
  • Production de la centrale nucléaire de Fessenheim : 12,9 TWh en 2015, 8,4 TWh en 2016.
     
  • Effectif : près de 1 100 personnes travaillent en permanence sur le site (850 salariés d’EDF et près de 250 salariés permanents d’entreprises extérieures). Lors des arrêts pour maintenance, 600 à 2 000 personnes supplémentaires, issues de sociétés prestataires, travaillent sur le site.
     
  • Retombées fiscales au niveau local : 47,1 millions d’euros en 2016, dont 15,9 millions d'euros au titre de la taxe sur les installations nucléaires, 14,3 millions de redevance voie navigable et 2,1 millions d’euros de taxe foncière.
  • Investissements moyens dans la centrale (maintenance et amélioration de la sûreté) : 128 millions d’euros en 2016(5).
Zone de présence

La centrale nucléaire de Fessenheim est située au bord du Grand Canal d’Alsace, à côté de Colmar (au nord) et de Mulhouse (au sud). Elle fait face à la frontière allemande et est proche de la ville de Freiburg im Breisgau.

Passé et présent

En 1967, la construction de la centrale nucléaire près de Fessenheim est décidée par le général de Gaulle. A cette époque, les réacteurs nucléaires français en service appartiennent à la filière « graphite-gaz » (avec de l’uranium naturel ou faiblement enrichi comme combustible, du graphite comme modérateur et un gaz -CO2 ou hélium- comme caloporteur).

En 1969, la filière des REP de l’entreprise américaine Westinghouse Electric est choisie pour constituer le nouveau parc électronucléaire français. La construction de la centrale de Fessenheim commence en septembre 1971 (pour le réacteur 1, la construction du réacteur 2 débutant en février 1972). Les deux réacteurs sont connectés au réseau en 1977, respectivement aux mois d’avril et d’octobre.

De 1977 à fin 2016, la centrale de Fessenheim a produit près de 412 TWh d’électricité.

En décembre 2012, François Rol-Tanguy a été nommé délégué interministériel à la fermeture de la centrale nucléaire et à la reconversion du site de Fessenheim. La loi sur la transition énergétique, adopté à l'été 2015, prévoit un plafonnement de la puissance du parc nucléaire français (à 63,2 GW) et il est désormais fixé comme objectif de fermer Fessenheim lors de la mise en service de l'EPR de Flamanville.

De 1977 à fin 2016, la centrale de Fessenheim a produit près de 412 TWh d’électricité. En juin 2016, EDF a arrêté le réacteur n°2 de la centrale suite à une anomalie détectée sur un générateur de vapeur (présentant une irrégularité de fabrication selon l'ASN).

Une négociation a porté sur l'indemnisation versée à l'exploitant EDF pour compenser la fermeture de la centrale de Fessenheim. L'État a proposé en mai 2016 une indemnisation de 80 à 100 millions d'euros, très inférieure aux calculs d'EDF et d'experts (qui la chiffrent en milliards d'euros). En juin 2016, la ministre en charge de l'énergie Ségolène Royal a annoncé que le décret d'arrêt de fonctionnement de la centrale de Fessenheim devait « être pris avant la fin de l'année 2016 ». 

Futur

En avril 2017, le conseil d'administration d'EDF a adopté une délibération prévoyant le dépôt d'une « demande d'abrogation de l'autorisation d'exploiter Fessenheim » dans les six mois précédant la mise en service de l'EPR de Flamanville (envisagée courant 2019). La délibération entérine le caractère « irréversible et inéluctable » de la fermeture de la centrale (à condition qu'aucune nouvelle décision politique n'intervienne après l'élection présidentielle de mai 2017(6)).

 

Concrètement

En 2016, la centrale nucléaire de Fessenheim a généré près de 8,4 TWh, soit l'équivalent d'environ 65% de la consommation alsacienne d'électricité.