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2016 : retour sur une année pleine d’énergie

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L'énergie en 2016

Les négociations des grands producteurs de pétrole (hormis les États-Unis) en vue d'une réduction de l'offre sur les marchés ont marqué l'année 2016. (©Apache)

L’énergie s’est encore trouvée au cœur de l’actualité de 2016. Connaissance des Énergies vous propose de revenir sur cette année à travers plusieurs grands temps forts. La rédaction en profite pour vous souhaiter à tous de joyeuses fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous pour la reprise de ses publications le 2 janvier 2017.

Production de pétrole : des accords OPEP et « hors OPEP » (novembre/décembre 2016)

Après plusieurs réunions durant l'année 2016, onze pays membres de l’OPEP ont conclu le 30 novembre un accord visant à réduire leur production globale de pétrole brut d’environ 1,2 million de barils par jour (Mb/j) à partir du 1er janvier 2017(1) (ramenant la production de l’OPEP à un niveau de 32,5 Mb/j). L’effort le plus important de réduction provient de l’Arabie Saoudite (- 0,5 Mb/j) qui avait déclaré dès le début de l'année ne pas vouloir être le seul grand producteur à réduire sa production pour faire remonter les cours.

Le 10 décembre, onze autres pays n’appartenant pas à l’OPEP ont convenu de contribuer à cet effort en réduisant leur production cumulée de 558 000 barils par jour. Plus de la moitié de cette baisse est censée être assurée par la Russie (- 0,3 Mb/j).

Ces baisses conjointes de production devraient accélérer le rééquilibrage entre l’offre et de la demande sur les marchés pétroliers. Suite à l’annonce de ces deux accords, les cours du brut sont remontés au-dessus de la barre des 50 $ par baril. Le cours du baril de Brent atteignait 55,5 $ au 21 décembre 2016(2), contre 30,7 $ en moyenne en janvier 2016.

Évolution des cours du baril de Brent

Évolution des cours du baril de Brent (©Connaissance des Énergies)

Transition énergétique en France : la PPE publiée (octobre 2016)

En France, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) a été officiellement adoptée le 28 octobre 2016 avec la publication d'un décret au Journal officiel. Cette feuille de route précise les objectifs de développement des différentes filières énergétiques en France et constitue le principal outil de pilotage de la transition énergétique avec la stratégie nationale bas-carbone (qui porte sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre).. Elle vise entre autres à réduire la consommation d’énergies fossiles dans le pays(3) et à accélérer le développement des énergies renouvelables productrices d’électricité.

Les objectifs des trois principales filières renouvelables productrices d’électricité sont :

  • pour l’hydroélectricité (incluant l’énergie marémotrice) : 25,3 GW d’ici à fin 2018 et entre 25,8 GW (option basse) et 26,05 GW d’ici à fin 2023. Notons que le parc hydroélectrique français a déjà une puissance installée de 25,4 GW à fin 2015 selon RTE ;
  • pour l’éolien terrestre : 15 GW d’ici à fin 2018 et entre 21,8 GW (option basse) et 26 GW d’ici à fin 2023 (10,3 GW à fin 2015) ;
  • pour le solaire : 10,2 GW d’ici à fin 2018 et entre 18,2 GW et 20,2 GW à fin 2023 (6,2 GW à fin 2015).

Pour rappel, les unités de production de ces différentes filières ont des facteurs de charge très différents, notamment en fonction de l’intermittence ou non de leur ressource mais aussi de leur niveau d’utilisation et de leur localisation.

Précisons que la publication de la PPE a été retardée de plusieurs mois par rapport au calendrier initial, notamment en raison de désaccords sur la question du nucléaire. La loi de transition énergétique fixe pour objectif de ramener la part  de cette énergie dans la production électrique française à 50% à l’horizon 2025 (contre 76,3% en 2015) mais les modalités pour « rééquilibrer » le mix de production restent toujours à préciser. La PPE n’a pas clairement tranché cette question et a chargé EDF d’établir dans un délai maximal de six mois un plan stratégique compatible avec cet objectif. Seule la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) est inscrite dans la synthèse de la PPE.

Accord de Paris, élection de Trump, COP22… : quelle dynamique pour le climat ? (année 2016)

Plusieurs éléments ont indiqué que la dynamique de la COP21 ne s’était pas « rompue » en 2016. L’Accord de Paris est entré en vigueur en un temps record, le 4 novembre 2016, un mois après l’atteinte du seuil de ratification (55 pays comptant pour au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre). Certaines décisions politiques des principaux émetteurs de gaz à effet de serre ont également été accueillies comme des signaux positifs dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique : prolongation des crédits d’impôts pour les énergies renouvelables aux États-Unis, fermeture de mines de charbon en Chine, etc.

Mi-octobre, les 197 États signataires du protocole de Montréal se sont par ailleurs engagés à Kigali à réduire progressivement l'utilisation d'hydrofluorocarbures (HFC), des gaz à très fort effet de serre, principalement utilisés comme réfrigérants.

L’élection de Donald Trump aux États-Unis le 8 novembre a toutefois suscité une forte inquiétude, compte tenu de son intention affichée de faire marche arrière en matière de réglementations environnementales (Clean Power Plan en tête). De nombreux observateurs ont espéré que le futur 45e Président américain se montre plus nuancé vis-à-vis du réchauffement climatique après son élection mais les nominations récentes du climato-sceptique Scott Pruitt à la tête de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et de Rick Perry comme secrétaire américain à l'Énergie ne semblent pas aller dans ce sens.

La COP22, qui s’est tenue à Marrakech du 7 au 18 novembre, a par ailleurs frustré les ONG qui dénoncent encore un manque d’ambition. Les discussions des négociateurs portent encore sur la mise en œuvre concrète de l’Accord de Paris. En fin de Conférence, les 197 délégations se sont fixés pour objectif de finaliser ces discussions et les règles de mise en œuvre dudit accord lors de la COP24 en novembre 2018.  

Quatre regards sur les événements marquants de l'année 2016

  • « Le feuilleton de l'OPEP » - Olivier Appert (Président du Conseil français de l’énergie)

    « L’année 2016 a été marquée par le feuilleton de l’OPEP.  L’effondrement du marché pétrolier en début d’année a lancé un signal d’alarme aux pays producteurs confrontés déjà à une situation financière difficile. En février puis en avril, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, le Qatar auxquels s’associe la Russie proposent une stabilisation de la production sous réserve que l’ensemble des producteurs en fassent de même. Ces initiatives se heurtent à une opposition ferme de l’Iran qui exige d’avoir la possibilité de revenir à son niveau de production antérieur à l’embargo qu’il a subi. Les pays de l’OPEP surprennent tous les analystes en annonçant lors de la réunion informelle à Alger le 28 septembre une décision de principe de réduire leur production. S’ensuit des discussions confuses entre les membres pour répartir la baisse des quotas, mais aussi avec les producteurs non-OPEP appelés à contribuer à l’effort collectif. Un accord est obtenu à Vienne le 30 novembre auquel se joignent ultérieurement divers producteurs non-OPEP. C’est un succès car les prix se redressent.
    Mais le feuilleton va se poursuivre en 2017 car il subsiste de nombreuses incertitudes : les pays de l’OPEP respecteront-ils leurs engagements, quelle sera la contribution effective des pays non-OPEP mais aussi à quelle vitesse la production de pétrole non conventionnel aux États-Unis sera-t-elle relancée ?
     
  • La pollution atmosphérique urbaine - François Chabannes (Directeur de la publication de Connaissance des Énergies) 

    « En matière d’environnement et d’énergie, si 2015 a été l’année du climat, 2016 restera celle de la pollution atmosphérique urbaine. L’origine est connue : plus d’un milliard de véhicules circulent aujourd’hui, l’ONU en prévoit 3 milliards en 2050. Vient s’y ajouter la combustion du charbon pour les besoins des industries lourdes et de la production d’électricité. Elle est restée majoritaire en Chine, en Inde mais aussi en Allemagne et en Europe centrale. Fin décembre 2016, de la Chine à l’Europe, d’épais brouillards de particules enveloppent les grandes métropoles. L’ONU évalue à 7 millions par an les décès dus à la pollution atmosphérique. Comme pour le climat, le secteur énergétique mondial va devoir s’adapter rapidement à cette nouvelle menace. »
     
  • Le développement du gaz naturel dans les transports publics - Samuele Furfari (Maître de conférences à l'Université libre de Bruxelles)

    « J’ai été frappé au cours de l'année 2016 par le développement important de l'utilisation du gaz naturel dans les transports afin de lutter contre la pollution atmosphérique dans les villes. Non pas tant en nombre de véhicules ou de kilomètres parcourus mais par la prise de conscience des élus des villes que, pour lutter contre la pollution atmosphérique dans les villes, cette solution ne requiert, ni nouvelle infrastructure, ni révolution chez les fabricants de véhicules. Puisque le gaz naturel est propre au point qu'on l'utilise pour cuisiner, les villes ont commandé en 2016 des autobus, des bennes à ordures et des véhicules utilitaires fonctionnant au gaz naturel liquide. Par exemple, la société de transport de la ville de Porto vient de commander 297 bus fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL) parce que leur expérience pilote montre que les autobus diesel leur coûtent 42 € pour 100 km tandis que ceux au gaz ne reviennent qu'à 22 €. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) vient de financer 20 bus roulant au gaz naturel à Pula (Croatie). Et cette semaine, l'opérateur de transport public de Madrid a annoncé le renouvellement de sa flotte avec 170 bus au gaz naturel comprimé (GNC). La Commission européenne, en collaboration avec la BEI, vient enfin de lancer l'initiative "Facilité de transport plus propre" (CTF), destinée à financer la décarbonisation du secteur des transports en Europe en apportant un soutien financier à l'utilisation du gaz naturel (GNC et GNL), de l'hydrogène et des biocarburants (y compris le biogaz) dans le secteur du transport. »
     
  • L'autoconsommation - Arnaud Gossement (Avocat spécialiste du droit de l’environnement) 

    « 2016 aura été notamment marquée par la décision de l’État français de créer un cadre juridique précis pour l’autoconsommation d’énergie renouvelable et l’organisation de réseaux fermés de distribution. Une évolution majeure. S’agissant de l’autoconsommation, les députés examinent actuellement le projet de loi qui précisera le droit applicable. Un texte perfectible mais qui marque un premier – grand – pas. »

Et vous, que retiendrez-vous de 2016 ?

Nous vous invitons à retrouver ci-dessous quelques-uns de nos articles d’actualité les plus consultés en 2016 et à poursuivre la discussion sur nos réseaux sociaux :

Sources / Notes
  1. Par rapport au niveau d'octobre 2016.
  2. Cours à l’ouverture.
  3. Objectif de réduction de 30% de la consommation d'énergies fossiles d’ici à 2030 par rapport en 2012 (en énergie primaire).