Un redémarrage progressif après la déconnexion du système
La compagnie publique Unión Eléctrica (UNE) a indiqué lundi à la télévision que la coupure avait résulté d’« une oscillation de fréquence » survenue dans la nuit de dimanche à lundi. Cette perturbation a mis hors service une centrale thermoélectrique située dans l’est du pays, avant d’entraîner l’effondrement du système électrique national, y compris à La Havane.
À la mi-journée lundi, près de 28% de la capitale cubaine avait retrouvé l’électricité. Dans l’après-midi, l’UNE a précisé que « les phénomènes météorologiques actuels ont causé des perturbations sur le réseau, affectant directement les unités de production qui étaient en service ».
La compagnie a assuré sur Facebook poursuivre les opérations de reprise du réseau électrique. « Nous continuons à travailler d’arrache-pied pour remédier à cette situation et rétablir le système dans les meilleurs délais », a-t-elle écrit.
Trois effondrements nationaux en juillet
Cette panne est la sixième coupure nationale depuis janvier et la 11e de cette ampleur depuis la fin de 2024. Trois effondrements du système ont déjà eu lieu en juillet, en moins de dix jours.
L’ouest de Cuba avait aussi subi samedi soir une panne généralisée, avant un rétablissement du courant dimanche. Les autorités énergétiques doivent donc enchaîner des procédures de reprise sur un système déjà fragilisé par des coupures totales ou partielles récurrentes.
Selon le profil pays publié par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, Cuba a produit 15 496 GWh d’électricité en 2023, dont 14 769 GWh issus de sources non renouvelables, soit 95% de la production nationale. Cette structure accroît la dépendance du système aux combustibles disponibles pour les centrales et les groupes de secours.
Des centrales vieillissantes et moins de carburant
L’architecture électrique cubaine repose principalement sur sept centrales thermoélectriques âgées de plus de quarante ans, fréquemment touchées par des avaries. Ces installations constituent la base du réseau national et doivent composer avec une pénurie de carburant aggravée depuis janvier.
La Havane impute cette crise énergétique à Washington, qui a imposé à l’île un blocus pétrolier compliquant l’approvisionnement des centrales et des générateurs de secours. Les États-Unis attribuent de leur côté les difficultés de Cuba à une mauvaise gestion économique.
Le pays traverse depuis cinq ans une crise économique profonde. Le durcissement des sanctions américaines contre des entreprises publiques cubaines a conduit de nombreuses sociétés étrangères à suspendre leurs activités dans l’île, réduisant l’entrée de devises.
La colère s’exprime dans les quartiers touchés
Les coupures ont dépassé 30 heures d’affilée ces dernières semaines dans la capitale, tandis que certaines zones de l’intérieur du pays restent privées de courant pendant plusieurs jours. « Depuis vendredi, je n’ai eu qu’une heure et demie d’électricité, il n’y a pas d’eau, il n’y a rien, ce que vivent les Cubains, ce n’est pas une vie », a déclaré Mayra Rodriguez, comptable de 43 ans.
Avec ses deux jeunes enfants, Mayra Rodriguez dort sur le balcon de son appartement pour supporter la chaleur des nuits d’été. Dans les quartiers les plus affectés, des habitants ont manifesté leur colère en incendiant des ordures ou en frappant sur des casseroles.
Carlos Dueñas, mécanicien de 62 ans, décrit une situation devenue « insoutenable ». « Personne ne dit quand la situation pourrait s’améliorer. En attendant, nous devons tenir bon, tout le monde n’a pas les moyens d’acheter des panneaux » solaires, a-t-il expliqué.
Les tensions avec Washington pèsent sur la crise
Les relations entre Cuba et les États-Unis se sont fortement tendues depuis le début de l’année, notamment après la capture par Washington du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié du gouvernement cubain. Le président américain Donald Trump estime que l’île, située à 150 kilomètres des côtes de Floride, constitue « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale des États-Unis et a plusieurs fois averti qu’il pourrait en « prendre le contrôle ».
Fin juin, le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a estimé qu’il n’y avait « aucun progrès » dans les discussions avec Washington. En juin, La Havane a lancé un vaste programme de réformes en faveur de l’économie de marché pour tenter de mettre fin à la crise.