Après une bonne année 2022, le spécialiste de l'hydrogène et des gaz industriels Air Liquide prévoit une "accélération" de ses investissements en 2023, notamment aux Etats-Unis, pour accompagner les "changements profonds" en cours dans les industries lourdes pour se décarboner.
Pour 2023, "l'accélération" de la "dynamique d'investissements" sera portée à 40% par des projets liés à la transition énergétique, a indiqué le nouveau directeur-général François Jackow, qui présidait sa première conférence de presse de présentation de résultat jeudi depuis son arrivée aux commandes du groupe en juin.
Alors que les décisions d'investissement ont atteint un "niveau record de près de 4 milliards d'euros" en 2022, Air Liquide table sur 3,3 milliards d'euros d'investissements nouveaux à annoncer cette année, en Europe et aux Etats-Unis, a-t-il précisé.
Ceci montre les "changements profonds" et la "transformation fondamentale" en train de s'opérer "dans les outils industriels de production du monde entier", a estimé M. Jackow.
La sidérurgie est à la recherche d'hydrogène vert pour remplacer à terme le charbon dans ses procédés de réduction du minerai de fer, les pétroliers veulent de l'oxygène pour dépolluer leurs fuels. L'électronique cherche des gaz plus rares pour la fabrication de semi-conducteurs.
Tous les secteurs dont la chimie ou les cimenteries, cherchent aussi à s'équiper de procédés de capture et de recyclage du CO2 émis.
Air Liquide mise également sur le développement en plein essor du biométhane: le groupe a lancé une activité en Chine sur ce sujet et construit sa plus grande unité de production de biométhane aux Etats-Unis.
"Mécanisme incitatif très puissant"
Le groupe qui s'affiche comme "numéro un des gaz industriels en Amérique du nord", avec un réseau de pipelines supérieur à 3.700 kilomètres, vise des "projets significatifs" sur ce continent en lien avec l'Inflation Reduction Act, le méga plan d'investissement lancé par Joe Biden pour développer l'industrie verte.
Dans le Golfe du Mexique, où il dispose déjà d'une quarantaine d'usines, "un certain nombre sont en construction" et "nous allons en annoncer de nouvelles" a dit M. Jackow.
"L'IRA est un mécanisme incitatif très puissant, et nous avons vu de nombreux projets se développer très vite dans les derniers mois" a-t-il ajouté.
Il a néanmoins souligné qu'en Europe, une "réaction" est en train de se mettre en place pour ne pas perdre l'avance du Vieux Continent en termes de décarbonation de l'industrie. "Sept grands projets industriels ont été validés au niveau européen pour plus de 1,8 milliard d'euros d'investissement cumulé", a-t-il fait valoir.
En particulier en France, le groupe va investir plus de 130 millions d'euros pour construire et exploiter une nouvelle unité de production d'hydrogène bas carbone dans le contexte de la reconversion en bioraffinerie du site de GrandPuits (Seine-et-Marne) de TotalEnergies.
Il a aussi obtenu des financements européens pour décarboner les activités de production de chaux de Lhoist dans le nord de la France, avec une technique de captage de CO2. Idem aux Pays-Bas pour deux projets de production d'hydrogène renouvelable à grande échelle, avec des électrolyseurs d'une capacité de 200 MW chacun pour décarboner l'industrie du pays et celle de la Belgique.
Emissions de CO2 "stables" en 2022
L'an passé, Air Liquide, porté par "une efficacité opérationnelle très forte" a aussi su répercuter la flambée des prix de l'énergie à ses clients. Et sa marge opérationnelle s'est "améliorée de 70 points de base" hors effet énergie.
Son chiffre d'affaires 2022 a fait un bond de 28,3% à 29,93 milliards d'euros, le "plus haut niveau de l'histoire" du groupe, qui dépasse déjà les objectifs fixés par le nouveau plan stratégique du groupe, baptisé "Advance", portant sur 2022-2025. Toutes les activités ont été en "nette croissance" dans toutes les zones géographiques du monde.
Air Liquide se dit "confiant dans sa capacité à augmenter à nouveau sa marge opérationnelle" en 2023, et a annoncé un dividende de 2,95 euros par action pour 2022, en augmentation de 12,2%.
En matière environnementale, Air Liquide indique avoir enregistré l'an passé des émissions de CO2 (scopes 1 et 2) de 39 millions de tonnes de CO2 équivalent, "stables pour la deuxième année consécutive" et "en ligne avec l'objectif d'atteindre un point d'inflexion en 2025" avant "d'amorcer une trajectoire de baisse" vers la neutralité carbone attendue en 2050.
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