Une plainte pour bloquer travaux, financement et extraction

La démarche judiciaire a été annoncée mardi par une organisation d'anciens combattants argentins de la guerre des Malouines de 1982 et par une association d'avocats spécialisés dans la défense de l'environnement. Elle vise le projet Sea Lion, développé par la britannique Rockhopper Exploration et l'israélienne Navitas Petroleum au nord de l'archipel, dans une zone administrée par le Royaume-Uni.

Dans leur communiqué, les requérants affirment que Sea Lion « entend mettre en place une exploitation pétrolière de grande envergure sur le plateau continental argentin, à 220 kilomètres des îles Malouines ». Les plaignants considèrent qu'une décision d'un tribunal argentin pourrait entraver le développement du projet, même si le périmètre concerné se trouve sous contrôle britannique.

Enrique Viale, président de l'association des avocats environnementalistes, a indiqué que la plainte demandait aux entreprises de « s'abstiennent de commencer et/ou de poursuivre les travaux (...), les activités préparatoires, le financement et toute autre intervention significative liée au projet, ainsi que de lancer l'extraction et l'exploitation des hydrocarbures ». Les organisations invoquent aussi une résolution de l'ONU appelant à éviter les initiatives unilatérales tant que le différend de souveraineté n'est pas réglé.

Un projet offshore prévu autour d'un FPSO

Selon Navitas, Sea Lion se situe dans les licences de production PL032 et PL004b, à environ 220 km au nord des îles Falkland, nom britannique des Malouines. L'entreprise indique que la décision finale d'investissement a été prise pour le développement nord de Sea Lion et que les premiers barils sont prévus en mars 2028.

Le développement annoncé par Navitas repose sur une séquence par phases. Les deux premières doivent comprendre 23 puits sous-marins au total, dont 11 lors de la première phase et 12 lors de la seconde, raccordés à une unité flottante de production, de stockage et de déchargement de type FPSO.

Rockhopper a indiqué le 20 mai 2026 que les deux premières phases de Sea Lion devaient disposer d'une capacité de production de 55 000 barils par jour, dont 19 250 barils par jour nets pour Rockhopper. La société a également fait état d'un protocole d'accord portant sur un FPSO supplémentaire susceptible d'ajouter 125 000 barils par jour, en précisant qu'aucune garantie n'existait sur la transformation de ce protocole en accords juridiquement contraignants.

Buenos Aires conteste aussi les autorisations du projet

Le ministère argentin des Affaires étrangères avait déjà rejeté, en décembre 2025, la décision finale d'investissement annoncée par Rockhopper et Navitas pour Sea Lion. Buenos Aires estimait que les sociétés ne disposaient pas des autorisations de l'autorité argentine compétente pour développer des hydrocarbures dans ce que l'Argentine considère comme sa plateforme continentale.

Rockhopper a annoncé le 27 août 2026 son intention de lever environ 180 millions de dollars par placement d'actions nouvelles, auxquels pourrait s'ajouter une offre ouverte d'un montant maximal d'environ 20 millions de dollars. Le groupe a précisé que le produit net devait notamment financer ses besoins liés à Sea Lion et rappelé que Navitas détenait le rôle d'opérateur du projet, Rockhopper conservant une participation non opérée de 35%.

La position américaine entre dans le dossier diplomatique

Le différend pétrolier s'inscrit dans la contestation de souveraineté opposant Buenos Aires et Londres sur les Malouines. Les États-Unis reconnaissent jusqu'à présent l'administration de facto de l'archipel par le Royaume-Uni, comme la plupart des pays occidentaux, sans se prononcer sur la souveraineté proprement dite.

Donald Trump, allié du président argentin Javier Milei, a déclaré lundi qu'il n'excluait pas de « revoir » la position américaine de neutralité sur les Malouines. Milei a salué mardi cette déclaration à la radio El Observador, en affirmant : « Hier (lundi), il s'est passé quelque chose de très fort concernant la cause la plus importante et la plus sacrée pour nous les Argentins ».

Le porte-parole présidentiel argentin Adrian Ravier a ensuite indiqué que Javier Milei s'exprimerait sur ce dossier jeudi 3 septembre au soir, lors d'une allocution à la télévision nationale.