Trois projets pétroliers et gaziers
La rencontre organisée jeudi 1er octobre à l’Élysée a associé un entretien bilatéral entre Emmanuel Macron et Javier Milei, puis un échange avec des entreprises françaises déjà présentes en Argentine ou candidates à de nouveaux investissements. Emmanuel et Brigitte Macron avaient accueilli le président argentin en fin d’après-midi, aux côtés de Karina Milei, sœur du chef de l’État et secrétaire générale de la présidence argentine.
TotalEnergies, présenté comme le premier producteur étranger de gaz en Argentine, a annoncé près de 10 milliards de dollars d’investissements au cours des prochaines années sur trois projets déjà existants. D’après les précisions rapportées lors de l’Argentina Week, cette enveloppe comprendrait jusqu’à 1,5 milliard de dollars pour des puits gaziers offshore en Terre de Feu, jusqu’à 4 milliards de dollars pour le gaz d’Aguada Pichana dans la province de Neuquén et environ 5 milliards de dollars pour du pétrole de schiste sur le bloc San Roque.
Le gouvernement de Neuquén a indiqué que le projet de San Roque vise le développement d’hydrocarbures non conventionnels dans Vaca Muerta, avec une production potentielle pouvant atteindre 60 000 barils par jour. Sur sa présentation locale, arrêtée au 31 décembre 2025, TotalEnergies indique opérer 25 % de la production argentine de gaz, avec 38 millions de m3 par jour de gaz naturel en production opérée et 244 000 barils équivalent pétrole par jour tous hydrocarbures confondus.
« Il y a urgence » pour l'Europe
Au-delà des hydrocarbures, l’Élysée met en avant l’intérêt français pour les minerais critiques, notamment le lithium et le cuivre, dans un contexte de concurrence accrue avec la Chine et les États-Unis. La présidence française juge qu’« il y a urgence » pour l’Europe à renforcer ses approvisionnements sur ces matériaux.
Eramet a annoncé le dépôt d’une demande d’extension de son site de production de lithium de Centenario, en Argentine, pour un investissement supplémentaire potentiel d’environ 350 millions de dollars. Le groupe minier français précise que cette première extension ajouterait 11 000 tonnes par an d’équivalent carbonate de lithium à une capacité nominale actuelle de 24 000 tonnes par an, sous réserve d’une décision finale d’investissement.
Selon Eramet, l’usine de Centenario devrait être pleinement opérationnelle à la fin de 2026, après avoir atteint 90 % de sa capacité nominale en juin 2026. Le groupe souhaite solliciter l’inclusion du projet dans le régime argentin d’incitation aux grands investissements, qui prévoit des mesures fiscales, douanières et de change ainsi qu’une stabilité réglementaire sur 30 ans.
Des intérêts économiques malgré les différends politiques
Javier Milei séjourne en France jusqu’à samedi dans le cadre de l’Argentina Week, rendez-vous destiné à attirer des capitaux européens, accompagné d’une demi-douzaine de ministres, d’une dizaine de gouverneurs de provinces et de chefs de grandes entreprises. Devant les participants, le président argentin a affirmé que son pays pouvait offrir à l’Europe une « énergie abondante, depuis une région pacifique, alignée sur les valeurs de l’Occident ».
Le chef de l’État argentin a également mis en avant les réserves de cuivre, de lithium et d’uranium de son pays, qu’il présente comme « parmi les plus grandes de la planète », ainsi qu’un secteur minier à « croissance annuelle à deux chiffres ». Sur le volet agricole, il a assuré que les acteurs argentins et européens « ne sont en aucun cas des ennemis », alors que l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur reste contesté par une partie des agriculteurs français.
La présidence française estime que le bilan final de cet accord « respectera nos intérêts », tout en promettant de rester « très vigilante ». L’Élysée annonçait aussi un échange ferme avec Javier Milei sur l’Union européenne, l’ONU et les Malouines, archipel de l’Atlantique sud revendiqué par Buenos Aires et Londres.
Le président argentin a récemment qualifié l’ONU d’« inutile » et au service d’une « caste de parasites », tandis qu’Emmanuel Macron a défendu les Nations unies à la même tribune. Sur les Malouines, l’Élysée appelle au « calme et à la sérénité » ainsi qu’au respect par l’Argentine des procédures internationales, alors que Javier Milei a annoncé début septembre des sanctions contre tout projet pétrolier britannique autour de l’archipel.