Ormuz redevient le centre militaire et pétrolier du conflit

La reprise des hostilités se concentre sur le détroit d’Ormuz, verrou maritime par lequel transitaient avant la guerre une part majeure des exportations d’hydrocarbures du Golfe. Téhéran entend conserver le contrôle instauré dans les premiers jours du conflit, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines.

L’annonce, ce week-end, d’une nouvelle fermeture du passage par la République islamique a immédiatement tendu le marché pétrolier. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre progressait de plus de 4 %, à 79,13 dollars, peu après 04h30 GMT.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, près de 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers ont transité par Ormuz en 2025, soit environ 25 % du commerce maritime mondial de pétrole. La même source estime que 93 % des exportations de GNL du Qatar et 96 % de celles des Émirats arabes unis passent par ce détroit, représentant 19 % du commerce mondial de GNL.

Les frappes américaines visent les capacités côtières iraniennes

Entré en vigueur en avril puis entériné le 17 juin par un protocole d’accord signé par Washington et Téhéran, le cessez-le-feu n’avait pas supprimé les incidents autour d’Ormuz. Les affrontements ont toutefois changé d’échelle après les attaques de mardi contre des navires qui tentaient de franchir le détroit.

À partir de 00h30, heure de Téhéran, soit 21h00 GMT, l’armée américaine a lancé une nouvelle salve contre des positions iraniennes, avant d’annoncer un peu plus de cinq heures plus tard la fin de l’opération. Le commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a indiqué que les frappes avaient ciblé des défenses aériennes, des radars côtiers, des moyens liés aux missiles et aux drones ainsi que de petites embarcations.

Des médias d’État iraniens ont rapporté que les bombardements avaient touché de vastes secteurs dans l’ouest et le sud du pays, notamment l’île de Qeshm et Bandar Abbas, à proximité d’Ormuz, ainsi que la province du Khouzistan, frontalière de l’Irak. À Mahchahr, dans le sud-ouest, une frappe américaine a tué au moins une personne et blessé quatre autres, selon un responsable local cité par l’agence officielle Irna.

Dimanche soir, Irna avait également fait état d’un mort et de deux blessés sur l’île de Farur, dans le Golfe. Washington affirme poursuivre le même objectif que la veille : empêcher Téhéran d’attaquer les équipages civils et les navires marchands dans le détroit.

Le GFS Galaxy cristallise l’escalade navale

Les États-Unis accusent l’Iran d’avoir touché pendant le week-end le GFS Galaxy, un porte-conteneurs sous pavillon chypriote, dans le détroit. Le sultanat d’Oman a annoncé dimanche que 23 membres d’équipage avaient été secourus et qu’une personne restait portée disparue, les opérations de recherche se poursuivant.

La diplomatie iranienne a « fermement condamné » les derniers bombardements américains et accusé Washington d’avoir « réduit à néant tous les efforts de ces derniers mois » pour rétablir la paix régionale. Les Gardiens de la Révolution ont ensuite affirmé avoir frappé des bases militaires du Golfe utilisées par l’armée américaine en Jordanie, à Bahreïn et au Koweït.

L’armée jordanienne a déclaré avoir intercepté quatre missiles iraniens au-dessus du territoire national, sans blessé ni dégât matériel signalé. Bahreïn a de nouveau activé ses sirènes d’alerte aérienne, tandis que le Koweït a indiqué combattre « des cibles aériennes hostiles ».

Dimanche, le gouvernement koweïtien avait fait état d’une attaque contre trois postes-frontières et une plateforme pétrolière offshore, sans en attribuer la responsabilité. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait auparavant appelé Washington et Téhéran à « la plus grande retenue » et à « reprendre d’urgence les négociations ».

Le protocole de juin reste disputé sur la liberté de navigation

La diplomatie iranienne accuse les États-Unis d’avoir « ouvertement violé quasiment tous les termes » du protocole d’accord de mi-juin et provoqué le « retour de l’insécurité » dans le détroit. Ce texte prévoyait une réouverture du passage, mais Téhéran n’autorise qu’un seul couloir de navigation le long de ses côtes, menace les navires qui s’en écartent et souhaite instaurer des droits de passage.

Après la signature du protocole, le trafic avait atteint son plus haut niveau depuis fin février, avant de chuter à nouveau après les dernières frappes et l’annonce iranienne de fermeture jusqu’à nouvel ordre. « Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d’Iran le protégera », a averti Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par l’agence Isna.

Le Centcom soutient au contraire que le détroit demeure ouvert et que l’Iran ne le contrôle pas, la circulation maritime se poursuivant selon lui. Selon le Short-Term Energy Outlook publié par l’Energy Information Administration en juillet 2026, les interruptions de production liées à la fermeture d’Ormuz avaient atteint 11,2 millions de barils par jour en mai dans sept producteurs du Golfe, avant une estimation à 8,3 millions de barils par jour en juin.

Selon l’AIE, seuls l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d’oléoducs opérationnels pouvant détourner une partie des flux hors du détroit, avec 3,5 à 5,5 millions de barils par jour de capacité disponible estimée en 2025.