Avec la chute des cours du pétrole, les prix à la pompe reculent mais...

  • AFP
  • parue le

Avec des cours du pétrole en chute libre et même négatifs en raison de la crise sanitaire, les prix à la pompe reculent en France mais dans une moindre mesure, car d'autres facteurs comme la fiscalité continuent de peser, soulignent les professionnels.

Le prix du gazole, carburant le plus vendu en France, valait en moyenne 1,2132 euro par litre la semaine dernière. Il s'est ainsi replié pour la huitième semaine d'affilée et se situe à un niveau qui n'a plus été vu depuis 2017, alors même que les taxes étaient moindres à cette époque.

Ces prix à la pompe suivent en effet les cours du pétrole, qui se sont effondrés depuis plusieurs semaines, affectés par une demande en berne en raison de la pandémie du nouveau coronavirus qui a occasionné un ralentissement économique généralisé.

Les pays producteurs ont aussi peiné dans un premier temps à s'entendre pour ajuster leurs extractions, qui sont venues gonfler des stocks de pétrole aujourd'hui proches de la saturation. Le cours du pétrole américain est même devenu négatif lundi pour la première fois de son histoire: les producteurs, qui ne savaient plus où entreposer leurs barils, étaient prêts à payer pour s'en débarrasser.

« Poids des taxes »

Mais il y aura une limite à la baisse des prix à la pompe, préviennent les professionnels. "Il y a à peu près 85 centimes de taxes par litre dans le prix du gazole : le poids des taxes amortit les variations, que ce soit à la hausse ou à la baisse", souligne Olivier Gantois, président de l'Union françaises des industries pétrolières (Ufip). Cette fiscalité est d'ailleurs essentiellement fixe avec la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et une TVA qui pèse sur cette dernière.

Il faut ensuite ajouter des coûts de distribution. Ainsi même avec un baril de pétrole gratuit, le litre de carburant à la pompe ne pourrait pas descendre en dessous d'un seuil théorique: "à mon avis, un euro c'est la limite", calcule Francis Pousse, du Conseil national des professions de l'automobile (CNPA).

"Mais de toute façon on n'y arrivera pas puisque le prix de référence en Europe et même dans le monde c'est le Brent", rappelle-t-il. Or ce pétrole de la mer du Nord, sur lequel se basent les prix à la pompe, ne s'est pas du tout effondré dans la même mesure que son cousin américain : il valait encore autour de 20 dollars le baril mardi midi.

Incertitudes

Du côté des automobilistes, les prix bas n'ont pas entraîné de flambée de l'utilisation de la voiture : bien au contraire, elle a chuté à cause du confinement. "Sur l'ensemble des carburants routiers, la demande a baissé d'environ 70%, ce qui est considérable, c'est du jamais vu", indique Olivier Gantois.

Avec le déconfinement progressif à partir du 11 mai, les Français vont-ils profiter des cours bas pour rouler plus que d'habitude ? Les écologistes craignent un tel effet d'opportunité pour les usages des hydrocarbures dans le monde entier. "La baisse des cours du pétrole peut entraîner une augmentation de la consommation", s'inquiètent ainsi Les Amis de la Terre.

"Aujourd'hui on a une grande incertitude quant à la nature du redémarrage : est-ce que le déconfinement des activités va être par paliers, par activité, sur quelle période va-t-il s'étaler ?", tempère Olivier Gantois. Mais il existe aussi des incertitudes sur le comportement des Français avec la crainte possible d'une contamination dans les lieux publics : "ce que je ne mesure pas, c'est qui va prendre son auto plutôt que les transports en commun", indique Francis Pousse.

Un facteur qui n'est d'ailleurs pas forcément corrélé avec le prix des carburants : "les gens qui veulent se protéger en prenant leur voiture, ils le feront", estime M. Gantois.

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La rédaction

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