La France a accumulé en trente ans "un retard considérable" dans sa capacité à couvrir ses besoins en énergie, notamment en électricité, conclut une commission d'enquête de l'Assemblée nationale, appelant à une programmation sur trente ans et une relance du nucléaire.
Dans un rapport présenté jeudi, fruit de 88 auditions aux allures de psychothérapie de groupe au cœur d'un hiver marqué par l'insuffisante production du parc nucléaire, la commission "visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d'indépendance énergétique de la France" fait le procès de ce qu'elle qualifie de "lente dérive" et de "divagation politique, souvent inconsciente et inconséquente" depuis le milieu des années 1990.
"Nous nous trouvons donc aujourd'hui face à un mur énergétique inédit", estiment le rapporteur de la majorité Antoine Armand et son collègue LR, le président de la commission Raphaël Schellenberger, dans ce rapport au parti pris pro-nucléaire assumé.
"Ce qui fait la force de ce rapport, c'est la perception du caractère essentiel des sujets d'énergie dans le débat public", a estimé lors d'un point presse M. Schellenberger, signalant jusqu'à 2 millions de vues pour certaines auditions.
Experts, scientifiques, dirigeants d'entreprises et d'organismes de régulation, hauts fonctionnaires, anciens ministres et même deux anciens présidents de la Républiques, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont été passés sur le grill depuis le 2 novembre, au fil de 150 heures d'auditions.
Le rapport formule trente recommandations, la plupart largement à l'appui de la relance nucléaire annoncée par l'exécutif, y compris en soutien de la réorganisation controversée de la sûreté nucléaire. Il milite aussi en faveur de l'hydroélectricité et du développement des réseaux de chaleur.
Il réserve ses attaques aux années du quinquennat Hollande, accusées d'avoir "lourdement aggravé la situation" en programmant, dans l'ombre de l'accident de Fukushima en 2011, de réduire la part du nucléaire à 50% du mix électrique, impliquant la fermeture de nombreuses centrales, à commencer par celle de Fessenheim, la seule à avoir été fermée, en 2020.
Les auteurs jugent que Fukushima a eu un "retentissement médiatique qui excède de loin ce qui s'est effectivement produit".
Ce rapport s'en prend sans détour aux "responsables publics qui ont mené un combat politique avant tout contre l'énergie nucléaire" taxés d'"hypocrisie" et attaqués pour leur action "contre les intérêts vitaux du pays".
Prévoir sur 30 ans
"Au fil des trente dernières années, notre mix énergétique a finalement peu évolué et ses fragilités se sont accrues", estime le document.
Il pointe des "dépendances multiples aux énergies fossiles importées (gaz et pétrole, NDLR) qui se raréfient et s'épuiseront à l'horizon de quelques décennies".
Il critique aussi le "très faible développement des moyens de maîtrise de la demande (consommer moins, NDLR) et des énergies thermiques renouvelables" comme le bois, la géothermie, les chauffe-eaux solaires, pompes à chaleur, pellets, biogaz, etc.
Dans les années 2012-2017, déplorent également les auteurs, les "prévisions de consommation électrique demandées à RTE", l'entreprise gestionnaire du réseau haute tension, ne couvraient "que le court ou moyen terme, sans lien avec les objectifs climatiques pourtant bien connus, ni avec le temps long que requiert l'industrie du secteur énergétique".
Ils y voient d'ailleurs un des facteurs qui ont conduit à "avoir sous-estimé nos besoins d'électricité".
Ils prônent donc, parmi leurs trente propositions, une "loi de programmation énergie climat sur trente ans avec des objectifs climatiques, énergétiques et industriels ainsi que les moyens afférents, qui fera l'objet d'un suivi étroit et régulier par le Parlement et les institutions expertes".
Ils demandent aussi une "transparence accrue" et une meilleure anticipation de la part d'EDF, alors que le parc nucléaire est fragilisé par des phénomènes de corrosion de la tuyauterie de certains réacteurs et doit passer le cap des cinquante ans d'âge.
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