Biogaz : quand crottin et déchets agricoles participent à l'indépendance énergétique

  • AFP
  • parue le

Un camion benne chargé à bloc passe sur le pont-bascule : dans l'unité de méthanisation Equimeth, en région parisienne, des tonnes de poussières de céréales vont être déposées pour être transformées en biogaz et ainsi réduire la dépendance de la France au gaz fossile.

Entourées de champs de céréales, des cuves géantes coiffées de dômes de plastique abritent un processus discret: la transformation de milliers de tonnes de déchets organiques en biogaz, qui alimentera le réseau de gaz et contribuera à chauffer une demi-douzaine de communes environnantes. Ici, chaque année, 25 000 tonnes de matières, dont des poussières de céréales, du crottin de cheval et des déchets alimentaires... sont ainsi "valorisées", selon le terme usité.

"Le biogaz est issu de la dégradation de la matière organique par un régime bactérien en l'absence d'oxygène", explique Arnaud Bossis, directeur général de CVE Biogaz, qui gère l'usine d'Equimeth, à Moret-Loing-et-Orvanne, en Seine-et-Marne. Le biogaz est ensuite pré-traité "pour en retirer uniquement la molécule de méthane", alors injectée dans le réseau gazier, explique M. Bossis.

Pour en arriver là, les matières sont d'abord broyées et liquéfiées, pour rejoindre "des cuves d'hygiénisation", où leur "pasteurisation, à 70°C pendant une heure, permet un traitement sanitaire". Le flux est ensuite transféré vers le processus de méthanisation, et brassé pendant 20 jours dans une cuve, puis une quarantaine de jours dans une deuxième, à 38°C.

Le gaz ainsi produit est alors aspiré en direction de l'unité d'épuration. Dans ce petit container vert, il "est analysé, odorisé", avant d'être injecté dans le réseau de distribution de gaz, couvrant ainsi "15% des besoins de la population et des activités" alentour, notamment pour le chauffage et des véhicules (bioGNV), décrit Arnaud Bossis.

Nuisances olfactives

"Dans le contexte de pénurie et de raréfaction du gaz russe, on est vraiment content d'avoir du biométhane en France", dit à l'AFP Thierry Trouvé, directeur général du gestionnaire du réseau gazier français GRTGaz. "Renouvelable" puisque non fossile, ce gaz vert réduit de 80% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gaz naturel, selon le cabinet Carbone 4.

Pour autant, cette catégorie ne représente que 2% de la consommation de gaz de la France. L'État vise 10% en 2030 et le secteur estime pouvoir atteindre 20%, plaidant aussi les services rendus: emplois, revenu agricole pour les sites adossés à des exploitations, résidu fertilisant, etc.. Des externalités positives à prendre en compte pour M. Bossis, qui évoque un coût de production relativement élevé du biométhane, de l'ordre de 90 euros le mégawattheure - mais désormais un peu moins que les prix actuels du gaz naturel en Europe, qui ont beaucoup augmenté depuis un an.

Principale critique contre ces usines: les nuisances olfactives potentielles pour les riverains. Mais les quelques épisodes de ce type signalés par des habitants sont essentiellement "liés aux campagnes d'épandage" des engrais également produits sur le site, selon Olivier Théo, conseiller municipal à Moret-Loing-et-Orvanne.

La mise en place d'un comité de suivi a permis de faire remonter rapidement les témoignages de riverains incommodés au printemps 2022, dans une des communes et de parvenir à un accord avec le maire "pour essayer de ne pas épandre dans les parcelles les plus proches des habitations" et faire en sorte que les camions d'engrais ne passent pas dans le centre de la commune, a assuré l'élu. On pourrait "parvenir à une capacité de production de 60 térawattheures par an d'ici 2030, ce qui couvrirait deux tiers de ce qu'on importait de Russie avant le conflit", ajoute M. Trouvé.

GRTGaz va jusqu'à estimer que d'ici 2050, la France pourrait bénéficier d'une indépendance gazière totale, sans toucher au potentiel agricole à destination de l'alimentation des Français, par le recyclage des matières et des déchets agricoles.

"Le secteur du biométhane en France connaît la croissance la plus rapide d'Europe", renchérit la European Biogas Association (EBA), lobby du biogaz à Bruxelles, qui estime que la France pourrait devenir à l'horizon 2030 le deuxième producteur du continent. Un millier de projets pourraient voir le jour d'ici 2025, selon l'EBA.

Ce développement devrait être favorisé par une disposition de la loi Anti-gaspillage (Agec), qui prévoit que tous les particuliers disposent d'une solution pratique de tri de leurs biodéchets dès le 1er janvier 2024.

Commentaires

Chateigner

Comment Carbone4 peut-il invoquer 80% de réduction des GES sur cette filière ?

APO

Le BioGaz suit la même route que les Agrocarburants... Intéressant d'un certain point de vue, mais tellement plein d'effets connexes divers et variés (bons et mauvais) !!! Et surtout c'est plein de promesses qui risquent de ne pas être tenues (comme les promesses des Agrocarburants de 1ère qui devaient avoir la 2ème puis la 3ème génération sous peu pour prendre le relai !!! et dans les Faits la 1ère domine très largement...). Pour Rappel il y a 15 ans on annonçait parfois dans les 15-20% d'Agrocarburant pour la décennie 2020 (et aujourd'hui 5 à 7% du Total !?) !!!

Nota : Le fumier de cheval est un super engrais Bio !!! Le Lixiviat de sortie de méthaniseur, c'est très Bof !!!

EtDF

Carbone4 ne semble pas comprendre trop à cette affaire son ingénierie pas assez musclée dans ce domaine...???) Une partie minoritaire seulement de tout CO2 relargué retourne dans le végétal - les vrais poumons verts les arbres mettent 80 ans à devenir efficaces. Une partie minoritaire du CO2 est dissoute dans les océans (jusque saturation prochaine lorsque la température de l'eau monte??), le reste (majorité) va aujourd'hui dans l'atmosphère pour des centaines d'années, celui du fameux méthane bio de demain fera cumul.avec celui d'aujourd'hui
Pour les odeurs, c'est comme le pipi de chat, ce n'est pas le problème, le problème c'est l'accidentologie continuelle (hebdomadaire au moins) de relargage massif de CH4 dans l"atmosphère,(avec quelques explosions dont des mortelles), le relargage d'extrants liquides dans des rivières (pollution fréquents des captages domestiques) et on ne parle pas des insuffisances pour le biotope des champs (les myriades de petites bêtes qui créent la nourritures pour les végétaux) quand la méthanisation ne leur donnent pas des microplastiques ou toutes sortes de molécules médicamenteuses à "digérer".
Quand à l’efficacité énergétique de ces cocotes minutes qui profitent (subventions obligent) à quelques gros lobbies (tel est mon bon plaisir comme dirait le Gvt) mais pas aux VRAIS paysans.. En effet les crottes de lapins et autres bestiaux ont un pouvoir méthanogène bien faible comparé à celui du mais ou autre féculents et végétaux alimentaires.. Alors en Allemagne, pays toujours en avance (sur la France), on a largement développé les cultures vivrières pour faire du méthane BIO.. am Bauern.. Apparemment l'histoire très récente montre que la méthanisation c'est comme une aiguille dans une botte de foin énergétique outre Rhin.. Alors cet article.. c'est pour amuser la galerie des Gaulois??? Tu méthanes, tu m’étonnes!... C'est beau.. c'est bio!
Pour en savoir plus sur cette allégorie:
https://www.cnvmch.fr/csnm

Brigitte Bertin

Rien n'est parfait et il n'y aura pas avant longtemps (jamais?) d'énergie miracle pour remplacer le pétrole et le gaz naturel.Tout le reste n'est que transitionnel et il faut trouver le bon panachage, la bonne synergie, le bon rapport bénéfice-inconvénients et risques.
La biomasse est certes en synergie avec l'agriculture, ce qui peut paraitre intéressant d'un point de vue socio-économique mais avec le revers de privilégier l'agriculture intensive, l'industrialisation des campagnes et le camionnage. Tout cela fait beaucoup de nuisances à de nombreux niveaux. La valorisation de filières, l'économie circulaire sont des concepts à utiliser avec modération car de la théorie à la pratique il y a beaucoup de pertes de matière grise....
Il faut se fixer des objectifs et faire des choix: les kWh ou la qualité de vie?
Pas facile de (ré)concilier les deux mais il va falloir trouver des solutions. Apprendre à aménager l'espace dont les EnR ont besoin, pour le préserver et non pour le défigurer.
Changer d'échelle et aller vers l'auto-production. Rien de tel pour inciter à la sobriété. Utiliser d'avantage l'hydro-électricité diffuse, par exemple mettre des turbines dans les rivières, dans les collecteurs d'eaux usées, d'eaux pluviales.
Pour revenir à la biomasse, faire des briquettes pour la construction ou le chauffage à partir des déchets végétaux plutôt que du bio gaz, en utilisant des fours solaires pour produire l'énergie nécessaire à leur fabrication.

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