La Commission européenne dévoile son plan d'investissement pour une transition énergétique « juste »

  • AFP
  • parue le

"Ceci est un message aux mineurs des Asturies, de Macédoine occidentale ou de Silésie" : la Commission européenne a proposé mardi un "mécanisme de transition juste" pour financer la transition énergétique dans les régions les plus dépendantes au charbon qui en redoutent les conséquences économiques et sociales.

Avec son "Pacte vert" présenté en décembre, quelques jours seulement après sa prise de fonction, Ursula von der Leyen a fait du climat la priorité de sa Commission. Mais cette transition du continent vers la neutralité carbone d'ici 2050 sera coûteuse : 260 milliards d'euros d'investissement supplémentaires par an par rapport au fonctionnement actuel de l'UE, somme jugée nécessaire pour réaliser les ambitions de l'accord de Paris sur le climat.

L'objectif du "plan d'investissement pour une Europe durable" dévoilé mardi devant les députés européens à Strasbourg est de stimuler les investissements nécessaires, en mobilisant à la fois les acteurs publics et privés, et en s'assurant de n'abandonner personne au bord du chemin.

« Serment de solidarité »

"C'est notre serment de solidarité et d'équité pour ceux qui font face aux défis les plus graves, afin qu'ils fassent ce chemin avec nous", a lancé le vice-président exécutif Frans Timmermans aux eurodéputés. L'un des dispositifs de ce plan d'investissement, que la Commission projette jusqu'à 1 000 milliards d'euros sur dix ans, est le "mécanisme de transition juste", et son premier pilier "le fonds de transition juste".

Il sera doté d'argent frais, 7,5 milliards d'euros sur la période 2021-2027, soit la période couverte par le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l'UE. Il vient s'ajouter à la proposition de budget pluriannuel en cours de discussion entre les États membres, qui avait été élaborée par l'équipe du prédécesseur de Mme von der Leyen, Jean-Claude Juncker. Ce fonds s'inscrit dans la politique de cohésion qui, traditionnellement, aide au développement des régions.

Ouvert à tous les États membres, il vise toutefois à soutenir uniquement les régions pour qui la transition énergétique est une question "existentielle", les plus dépendantes aux énergies fossiles comme le charbon, la lignite ou la tourbe, de la Pologne à la Grèce en passant par l'Europe de l'Est, mais aussi certaines régions allemandes.

L'allocation des ressources de ce fonds devra répondre à des critères stricts. "Nous voulons nous assurer que les fonds sont dirigés vers les régions qui font face aux plus gros défis", a expliqué la commissaire européenne chargé de la politique régionale Elisa Ferreira à des journalistes.

"Nous devons nous assurer que l'argent du fond de transition juste bénéficie aux territoires européens qui en ont le plus besoin. Un cas concret : les régions allemandes. Doivent-elles être aidées par l'UE ou par l'Allemagne qui est en excédent budgétaire?", s'est interrogé auprès de l'AFP Pascal Canfin, président (Renew Europe) de la commission Environnement du Parlement européen.

Chaque euro dépensé dans le cadre du fonds de transition juste devra être accompagné d'un co-financement de l'Etat membre dans lequel se trouve la région aidée.

À ceci viendraient s'ajouter les deux autres "piliers" du mécanisme: des financements via le programme d'investissement InvestEU et les prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI), appelée à devenir la "banque du climat" de l'UE. Soit selon les estimations de la Commission environ 100 milliards mobilisés au travers du mécanisme.

Rassurer les États réticents

Avec cette proposition législative, qui sera soumise à négociation entre les Etats membres et le Parlement européen, la Commission tente aussi de rassurer les pays de l'Est. Préoccupée par le coût économique et social de sa transition, la Pologne a refusé d'adhérer à l'objectif de neutralité climatique d'ici 2050 lors du sommet européen de décembre.

À ce mécanisme détaillé mardi viendra s'ajouter l'argent consacré au climat dans l'ensemble des politiques de l'UE, soit 25% du futur CFP -- un seuil défini sous la Commission Juncker.

"La Commission fait des promesses sur le budget à long terme de l'UE qui doit encore être approuvé, et fait peser une charge supplémentaire considérable sur les épaules de la BEI. Après cela, on ne sait pas exactement d'où viendra le reste de l'argent - il y a une grande différence entre l'effet de levier et l'autofinancement", a commenté, sceptique, le président de la commission Budget du Parlement Johan Von Overtveldt (ECR).

Commentaires

Isabelle Martinat

merci

EtDF

1 - "La Commission fait des promesses sur le budget à long terme de l'UE qui doit encore être approuvé, et fait peser une charge supplémentaire considérable sur les épaules de la BEI. Après cela, on ne sait pas exactement d'où viendra le reste de l'argent - il y a une grande différence entre l'effet de levier et l'autofinancement", a commenté, sceptique, le président de la commission Budget du Parlement Johan Von Overtveldt (ECR).
2 - À ceci viendraient s'ajouter les deux autres "piliers" du mécanisme: des financements via le programme d'investissement InvestEU et les prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI), appelée à devenir la "banque du climat" de l'UE. Soit selon les estimations de la Commission environ 100 milliards mobilisés au travers du mécanisme.
3 - Un cas concret : les régions allemandes. Doivent-elles être aidées par l'UE ou par l'Allemagne qui est en excédent budgétaire?", s'est interrogé auprès de l'AFP Pascal Canfin, président (Renew Europe) de la commission Environnement du Parlement européen.
Le contenu de ces trois extraits m'interpellent plus particulièrement.
L'Allemagne (de A. Merkel, chaperon de U. von der Leyen) s'est défaite promptement du nucléaire choix écologique ou politique, certainement pas économique direct (électricité D > 2 fois électricité F), avec un parc EnR actuel qui est fragile (intermittence, distribution) et pas trop écologique en fait puisqu'il faut bien maintenir assez de centrale charbon/lignite, et répand ainsi une large pollution sur l'Europe. Ceci dit, les régions minières y sont restées économiquement viables. Maintenant "sa" Commission vient nous dire qu'il faut être propre et gentil en 2050, avec 1000 milliards d'euros projetés sur 10 ans (2020-2030). D'aucuns s"émeuvent qu'on ne voit pas trop d'où viennent les euros... sinon ... des citoyens sine die... Déjà la Banque européenne d'investissement (BEI) à vocation industrielle étendue entre autres, sera "rackettée pour le "climat".. pour le reste, il ne faudrait pas que ceux qui ont cultivé le charbon et la lignite pour installer force d'EnR n'en profitent pour s'aider leur reconversion (propos de P. Canfin). Enfin la France (par exemple) qui s'est retirée de tout charbon) via le nucléaire (je note le fait, pas le jugement), ne participerait qu'à installer de l'intermittent, dans un "juste" "serment de solidarité" (quid de sa part du plan d'investissement??? ) se verrait comme d'autre pays à pallier à l'intermittence de l'EnR généralisé en Europe en 2050... avec quoi??? des centrales thermiques.. qu'elle n'a plus...???? Moins d'investissement industriels + toujours assez de centrales polluantes + une intermittence maximal (risque de collapse assuré).. bien sûr nous aurons tous des voitures électriques pour nous consoler.. Mais nos petits enfants iront chercher ?? le travail en Chine (encore polluée!), sinon ils seront guides touristiques dans le Grand Parc Naturel Européen (relativement dépollué).
C'est triste de voir une politique européen.ne de si bas niveau.. et en plus citoyennement irresponsable (devant un parlement ??? atomisé en plein de tendances???). En attendant elle compte bien sur vos 260 milliiards d'euros supplémentaires par an... Qui peut prédire la température en l'Europe et le niveau de la mer à... Londres, en 2050.. étant donné que cela ne dépend que d'une proportion minoritaire des efforts européens... U. von der Leyen, ou pas!

Guillaume

"La transition sera coûteuse", mais on oublie qu'elle est également source de revenus et de valeur ajoutée. Et l'inaction est et sera encore plus coûteuse : coût des inondations des dernières années en France? Coût des incendies, de la sécheresse, des pénuries d'eau, des phénomènes géologiques (effondrements) en terrain montagneux?

Albatros

Le lien des politiques énergétiques de l'UE avec les incendies, la sécheresse et les pénuries d'eau est-il démontré ?
Si ce n'est pas le cas, je propose de me verser une rente à vie pour que je cesse de prendre mon auto sous le prétexte de soulager l'Australie.
Merci d'avance.
PS: un peu marre des justifications "évidentes" du genre YAKAFOKON...

Guillaume

Bonjour,
un peu marre du déni de réalité des APRESMOILEDELLUGE.

Cordialement,

Albatros

Guillaume, juste un petit peu de mesure. Je critique l'approche religieuse qui a cours dès qu'il est question de climat (signe sans doute du double échec, en France, de l'éducation nationale et de l'église catholique). Ma position n'a rien à voir avec cette citation.

MANIN

je n'arrive pas bien à tout comprendre question financement; 1) on parle de 260 mds/an jusqu'en 2050 àc de 2021 cela fera≈ 7800 mds. 2) Plus ou dont, sur les 10 premières années 1000 mds . 3) + 100 mds de la BEI mais on sait pas si c'est par an ou au total ( je crois que c'est par an) 4) + 7,5 mds sur la période 2021/2027 ce qui ferait en tout env.8.800 mds !! Excusez du peu et même si je me trompe, on n'est plus à 1000 mds près .L'allemagne qui brule du Lignite et du charbon en nous polluant recevra peut-être une partie de cette obole. Mais la France, bon élève , rien puisque on aura plus de centrales thermiques. Mais par contre nos poches seront sollicitées et je ne suis pas sûr qu'il y aura beaucoup de retombées positives pour nous puisque ces investissements se feront principalement au profit des pays de l'est et à ceux qui avaient des centrales au charbon ou au lignite.
ce plan n'est pas juste, il est mortifère!!!

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