Une augmenter de la capacité de Churchill Falls
Le projet annoncé ce 17 août porte d’abord sur la centrale hydroélectrique de Churchill Falls, située au Labrador, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador. Il prévoit d’augmenter la capacité de cet aménagement, de développer une nouvelle centrale hydroélectrique et d’examiner un projet éolien terrestre dans la même province.
Le Premier ministre canadien Mark Carney a évalué l’accord-cadre à environ 70 milliards de dollars canadiens, soit près de 43 milliards d’euros. Ottawa apporterait 10 milliards de dollars canadiens au financement, le solde relevant du montage entre les provinces et leurs sociétés électriques. Selon les éléments communiqués par Ottawa, l’ensemble des projets atteindrait 14 000 MW de puissance, en intégrant les volets hydroélectriques, éoliens et les infrastructures associées. Mark Carney a affirmé que ce volume permettrait d’« éclairer, chauffer et rafraîchir tous les foyers à Toronto, Montréal et Vancouver ».
Opposition du Parti Québécois
L’accord a été conclu entre Terre-Neuve-et-Labrador et le Québec, qui doit acheter une grande partie de l’électricité supplémentaire issue du Labrador. Hydro-Québec sera ainsi un acteur central de l’équilibre économique du projet, avec un accès à une large fraction de la production future. La réalisation reste toutefois dépendante du contexte politique québécois. Les prochaines élections générales provinciales sont prévues le 5 octobre 2026 et le Parti Québécois, formation indépendantiste donnée en tête dans les intentions de vote, a fait connaître son opposition aux termes de l’accord.
Le dossier s’inscrit dans une relation énergétique ancienne entre les deux provinces autour de Churchill Falls, dont les conditions contractuelles historiques ont longtemps été contestées à Terre-Neuve-et-Labrador. Un protocole d’entente signé en décembre 2024 prévoyait déjà de remplacer l’ancien cadre d’achat d’électricité et de développer de nouveaux ouvrages sur le fleuve Churchill.
Pour rappel, le Québec a publié le 30 juin dernier son Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques 2026-2050, qui fixe les grandes orientations de la province jusqu’au milieu du siècle.
Un virage vers une « superpuissance énergétique »
Le gouvernement fédéral présente ces investissements comme une réponse à la fragilisation des échanges avec les États-Unis, après la guerre commerciale engagée par Washington. Depuis 2025, Ottawa multiplie les annonces de grands projets pour réduire la dépendance économique envers son voisin et renforcer sa marge de manœuvre industrielle. Cette stratégie ne se limite pas aux énergies bas carbone. Le gouvernement Carney a aussi prévu un oléoduc entre les gisements de sables bitumineux de l’Alberta et la côte Pacifique, afin d’augmenter les débouchés vers l’Asie pour les hydrocarbures canadiens.
Le virage vers une « superpuissance énergétique » modifie l’équilibre climatique hérité du gouvernement de Justin Trudeau, issu du même parti libéral que Mark Carney. Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2025, le Premier ministre a supprimé plusieurs mesures environnementales et reconnu que la trajectoire précédente ne permettrait pas d’atteindre la baisse de 40 à 45 % des émissions canadiennes de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2005.
Ottawa indiquait en mai 2026 qu’environ 80 % de la production électrique canadienne provenait déjà de sources non émettrices et associait sa stratégie nationale de l’électricité à un doublement de la capacité du réseau. L’Institut climatique du Canada a salué lundi les investissements annoncés, estimant qu’ils traduisent « le niveau d’ambition nécessaire pour atteindre l’objectif du Canada de doubler la quantité d’énergie propre » produite.