Une décision encadrée par l’ASNR

Bercy a publié samedi au Journal officiel un arrêté homologuant une décision de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, qui modifie provisoirement les limites applicables aux rejets thermiques de la centrale nucléaire du Bugey, dans l’Ain. La mesure s’applique jusqu’au 20 juillet 2026 inclus, conformément à la demande transmise par EDF.

L’électricien avait saisi mercredi l’autorité de sûreté pour adapter les prescriptions environnementales encadrant les rejets d’eau chaude du site. EDF a motivé sa demande par une « situation exceptionnelle » liée à la vague de chaleur en cours, afin de permettre « la poursuite du fonctionnement d’une installation nucléaire de base » dans le cadre prévu par le code de l’environnement.

Selon l’arrêté, l’absence de modification temporaire aurait conduit EDF à réduire la production des réacteurs du Bugey, voire à les arrêter, pour limiter l’échauffement du Rhône. Le texte retient donc un arbitrage entre les besoins du réseau électrique et les effets possibles sur le milieu aquatique.

Les réacteurs 4 et 5 requis par RTE

La décision vise le maintien d’un niveau minimal de production des réacteurs n° 4 et n° 5 de la centrale, demandé par RTE jusqu’au 20 juillet. Le ministère chargé de l’énergie a confirmé jeudi, par courrier, que ce maintien constituait une « nécessité publique » au regard de la sécurité du réseau électrique.

EDF propose une limite temporaire de 1 °C pour l’échauffement de l’eau du Rhône entre l’amont et l’aval de la centrale pendant cette situation exceptionnelle. Cette limite est assortie d’un programme de surveillance renforcée de l’environnement lié aux rejets thermiques.

Le 22 juin, RTE indiquait que la consommation électrique devait atteindre 58 GW en moyenne sur la semaine de canicule, avec une hausse généralement comprise entre 0,7 GW et 1 GW par degré supplémentaire selon les heures de la journée. Le gestionnaire de réseau évaluait alors l’effet de la climatisation entre 10 GW et 14 GW par rapport à une période comparable avec des températures de saison.

Un enjeu récurrent pour les centrales en bord de fleuve

Les 57 réacteurs du parc nucléaire français, qui fournissent environ 70 % de l’électricité produite dans le pays, sont implantés en bord de mer ou de cours d’eau afin d’assurer le refroidissement des installations. Les prescriptions de l’ASNR fixent, site par site, des limites de température et d’échauffement destinées à réduire les impacts sur les écosystèmes aquatiques.

Dans une note publiée en juillet 2025, l’ASNR rappelait que les rejets thermiques des centrales peuvent avoir une incidence sur les milieux aquatiques en période de canicule et d’étiage. L’autorité indiquait aussi qu’en cas de demande d’EDF motivée par la sécurité du réseau électrique, l’instruction devait intervenir dans un délai court, les conditions météorologiques et hydrologiques ne pouvant être anticipées que de quelques jours.

EDF avait déjà indiqué fin juin que les unités de production n° 4 et n° 5 du Bugey avaient été maintenues en production dans le cadre de conditions climatiques exceptionnelles décidées par RTE, avec une adaptation de leur niveau de puissance. Le 25 juin, l’unité n° 3 avait été arrêtée en anticipation, après une montée de la température du Rhône qui devait atteindre 26 °C.