Des études ciblent les villes moyennes
Engie annonce le lancement de 100 études « de potentiel » destinées à accélérer le déploiement des réseaux de froid urbain, dans un partenariat avec Villes de France, l’association représentant les communes de 10 000 à 100 000 habitants. L’énergéticien indique que cette initiative pourrait concerner « 5 millions d’habitants ».
Cette annonce s’inscrit dans l’objectif affiché par le gouvernement de doubler la capacité des réseaux de froid d’ici 2030, puis de la tripler à l’horizon 2040. Le développement de ces infrastructures est présenté par leurs promoteurs comme une réponse aux canicules, dont l’intensité accroît les besoins de rafraîchissement dans les bâtiments tertiaires, publics et, potentiellement, résidentiels.
Veolia indique pour sa part avoir « identifié » 100 sites pour accélérer des réseaux urbains capables de produire simultanément du chaud et du froid à partir d’énergies locales, renouvelables ou de récupération. Le groupe estime que ces projets pourraient desservir jusqu’à 3 millions de personnes.
Une filière encore concentrée dans les grands centres urbains
Les réseaux de froid restent aujourd’hui surtout implantés dans les très grandes villes et desservent quasi exclusivement des bâtiments tertiaires, comme des commerces, des bureaux, des musées, des équipements publics ou des infrastructures de loisirs. Selon la FNCCR, la France comptait en 2024 49 réseaux de froid, pour un linéaire cumulé de 294 km.
Le principe consiste à produire du froid de façon centralisée, puis à acheminer de l’eau glacée par canalisations jusqu’à des sous-stations raccordées aux bâtiments. À Paris, le rapport 2024 des délégataires et concessions de la Ville décrit un réseau de froid de 92 km, doté de 10 unités de production, de 269 MW de puissance installée et de 4 unités de stockage.
Les opérateurs mettent en avant un moindre effet sur les îlots de chaleur urbains que les climatiseurs individuels, qui rejettent directement de la chaleur dans l’espace extérieur. « Les réseaux combinés de chaleur et de froid répondent à la fois aux enjeux climatiques, énergétiques et économiques des territoires, tout en s'adaptant aux nouveaux usages de la ville », affirme le directeur général de Veolia France, Jean-François Nogrette.
Le directeur général adjoint d’Engie, Frank Lacroix, défend le même positionnement pour les collectivités et les aménageurs. « Ces infrastructures permettent de nous adapter au changement climatique sans créer les conditions du réchauffement », estime-t-il.
La canicule teste le dimensionnement des réseaux
Les réseaux de froid figurent parmi les solutions de rafraîchissement citées par le Haut Conseil pour le climat face aux vagues de chaleur. Leur efficacité lors des épisodes extrêmes reste toutefois un point de vigilance, car les besoins simultanés peuvent augmenter rapidement dans les bâtiments raccordés.
Lors de la canicule de fin juin, plusieurs réseaux de fraîcheur parisiens ont atteint leur limite, selon les éléments rapportés dans la dépêche. Certaines infrastructures, dont le cinéma UGC des Halles, ont signalé des défaillances dans le rafraîchissement de l’air.
La Ville de Paris avait activé le niveau 4 de son plan canicule le 24 juin 2026, après le placement de la capitale en vigilance rouge pour canicule. Cette séquence a mis en avant l’enjeu du dimensionnement des moyens de production, du stockage de froid et des capacités de distribution lors des pics de demande.
Le raccordement au froid urbain reste principalement orienté vers le tertiaire : France Chaleur Urbaine précise que la prime CEE « Raccordement d’un bâtiment tertiaire existant à un réseau de froid » peut financer une partie des frais, mais ne concerne pas les bâtiments résidentiels.