Trois secteurs maintenus dans le dispositif
La décision concerne les pêcheurs, les entreprises éligibles du BTP et les agriculteurs, avec des niveaux d’aide différenciés selon les usages professionnels des carburants. Les services du Premier ministre présentent cette prolongation comme un moyen de « préserver l'activité économique, l'emploi et la croissance, en donnant de la visibilité aux entreprises ».
Pour la pêche, secteur qui a multiplié les blocages de dépôts pétroliers ces derniers jours en Méditerranée, le soutien public doit remonter de 25 à 35 centimes par litre. Matignon indique que ce montant correspond au niveau maximal autorisé par la Commission européenne afin de permettre aux navires de poursuivre leurs sorties en mer.
Dans le BTP, les entreprises éligibles conserveront une aide de 20 centimes par litre de gazole non routier. Les exploitants agricoles bénéficieront, eux, du maintien d’un soutien de 15 centimes par litre, qui s’ajoutera aux autres mesures du plan d’urgence agricole.
Des prix élevés et des tensions locales sur l’approvisionnement
La hausse des prix à la pompe a déjà nourri des appels à manifester faisant référence au mouvement des Gilets jaunes. Elle a aussi provoqué des actions de pêcheurs contre des dépôts pétroliers, sur fond de coûts d’exploitation très sensibles au prix du gazole.
Selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, environ 10% des stations-service signalent une difficulté d’approvisionnement sur au moins un carburant. Elle a précisé que l’« immense majorité » de ces points de vente relèvent du réseau TotalEnergies, dont le plafonnement tarifaire attire une demande accrue.
TotalEnergies avait annoncé le 22 juillet 2026 le rétablissement d’un plafond de 1,99 €/l pour l’essence et de 2,25 €/l pour le diesel dans ses stations de France hexagonale, en raison de la remontée des cours internationaux des produits pétroliers. Le portail public des prix des carburants recense les disponibilités déclarées par les stations-service à partir des données ouvertes transmises par les distributeurs.
Le gouvernement cherche des marges réglementaires
À l’issue du Conseil des ministres, Maud Bregeon a indiqué que l’exécutif ne ferme « pas la porte à de nouveaux dispositifs » d’aide, au motif que « cette situation devient de plus en plus difficile, et particulièrement depuis quelques semaines ». Emmanuel Macron a demandé au gouvernement sa « totale mobilisation » sur « l'approvisionnement » et la « maîtrise des prix » des carburants, selon la porte-parole.
La porte-parole a aussi évoqué un travail sur une flexibilité accrue de la réglementation européenne. L’objectif serait notamment d’« assouplir un petit peu le système » applicable aux raffineries, sans que le gouvernement détaille à ce stade la nature des adaptations recherchées.
Les mesures sectorielles prolongent des dispositifs déjà ouverts au printemps 2026. Le ministère de l’Agriculture avait annoncé le 21 avril une aide de 15 centimes par litre de gazole non routier agricole pour le mois de mai, évaluée alors à environ 53 millions d’euros pour ce seul mois.
Un arbitrage budgétaire renvoyé à Matignon
Le maintien des aides intervient alors que Sébastien Lecornu a demandé mardi à ses ministres de renforcer l’effort sur les dépenses de l’État en 2027. Le gouvernement doit intégrer ce nouveau choc sur les prix de l’énergie dans une trajectoire budgétaire déjà contrainte par le déficit public et la hausse des taux d’intérêt de la dette.
Le projet de budget pour 2027 doit être examiné jeudi à Matignon lors d’un séminaire gouvernemental. Les aides aux carburants ajoutent une contrainte supplémentaire à l’élaboration du texte financier, qui devra arbitrer entre soutien ciblé aux secteurs exposés et maîtrise des dépenses publiques.
Dans la campagne présidentielle, Édouard Philippe a demandé mercredi un « doublement » des aides ciblées, à financer par « des économies sur les dépenses de l'État ». Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi, 70% des Français anticipent une baisse de leur pouvoir d’achat et 36% déclarent faire confiance à Marine Le Pen pour améliorer leur situation, devant Bruno Retailleau à 23% et Édouard Philippe à 22%.