Un sommet pour capter 1 000 milliards de dollars canadiens
À Toronto, le Premier ministre canadien a défendu une stratégie de réorientation économique devant des banques, des sociétés d’investissement et des fonds souverains venus de plusieurs régions du monde. Le gouvernement veut mobiliser 1 000 milliards de dollars canadiens, soit 622 milliards d’euros, sur cinq ans.
Ottawa promet des incitations fiscales et un allègement des procédures administratives afin de rendre le pays plus accessible aux capitaux étrangers. Lors de l’annonce officielle du sommet, en avril 2026, le gouvernement canadien avait indiqué que 280 milliards de dollars canadiens d’investissements publics et de mesures d’incitation devaient contribuer à déclencher plus de 1 000 milliards de dollars d’investissements totaux.
Mark Carney a placé les ressources minières canadiennes au cœur de son discours, en les présentant comme un levier d’« autonomie stratégique ». Il a aussi défendu un projet de nouvel oléoduc vers la côte Pacifique, destiné à acheminer au moins 1 million de barils par jour vers les marchés asiatiques. Le projet de corridor pétrolier vers l’ouest avait été transmis en juillet 2026 au Bureau des grands projets, dans le cadre d’une démarche menée avec l’Alberta. Ottawa avait alors décrit cette infrastructure comme un outil de diversification des débouchés pour le pétrole canadien, au-delà du marché américain.
Des investisseurs du Golfe, de Chine et de Wall Street
Devant les investisseurs, le Premier ministre a résumé cette orientation par une formule politique : le Canada entend libérer son potentiel de « superpuissance énergétique ». Le portefeuille mis en avant par Ottawa associe ressources naturelles, grands projets industriels, infrastructures de transport et minerais critiques.
La liste des participants illustre la cible internationale du sommet. Elle comprend des représentants de groupes du Golfe comme Mubadala, ADNOC et DP World, de la China Investment Corporation, ainsi que de grandes institutions financières telles que Bank of America, KKR, Macquarie et Carlyle. Le milliardaire nigérian Aliko Dangote figure également parmi les invités.
Le discours de Mark Carney intervient dans un climat de tensions commerciales avec les États-Unis. Washington a imposé en août 2026 des droits de 50 % sur environ 27,6 milliards de dollars canadiens de produits canadiens, auxquels Ottawa a répondu par des contre-tarifs entrés en vigueur le 8 septembre.
Un accord avec Washington demeure « possible »
La Maison Blanche a aussi prévu des ajustements tarifaires applicables le 15 septembre 2026 et des interdictions d’importation visant certains produits canadiens à partir du 29 septembre. Dans ce contexte, Mark Carney a affirmé devant les investisseurs américains que le Canada resterait le partenaire le plus important des États-Unis dans plusieurs secteurs clés. Le chef du gouvernement canadien a répété devant la presse qu’un accord avec Washington demeurait « possible ». Les négociations ont été rompues le 21 août, après que Mark Carney a accusé la Maison Blanche d’avoir voulu imposer à Ottawa un accord « injuste ».
Après le sommet de Toronto, Mark Carney doit se rendre mardi à Strasbourg pour assister au discours sur l’état de l’Union de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Il doit aussi s’exprimer devant les eurodéputés. Le rapprochement avec l’Union européenne occupe une place centrale dans la stratégie économique canadienne. Mark Carney a dit vouloir conclure une « alliance unique » avec les Vingt-Sept, en insistant sur la nécessité pour le Canada d’être relié à des partenaires jugés fiables.