Un périmètre pétrolier massif mais encore peu détaillé

Le président américain Donald Trump affirme que les États-Unis ont obtenu un contrôle majoritaire sur plus de 65 milliards de barils de réserves pétrolières prouvées au Venezuela. Ce volume représenterait environ 20 % des réserves du pays, qui dispose des plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde.

Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, les réserves prouvées de pétrole brut et de condensats des États-Unis atteignaient 46,0 milliards de barils fin 2024. L’EIA estimait aussi, dans son analyse pays publiée en 2023, les réserves prouvées du Venezuela à environ 303 milliards de barils, soit près de 17 % du total mondial.

Donald Trump a assuré lundi 31 août que l’effet industriel pourrait « aller vite », en évoquant une période de « deux ans ». Les spécialistes cités se montrent plus prudents, compte tenu de l’état des infrastructures vénézuéliennes et du délai nécessaire pour remettre en production des champs dégradés.

Deux lectures concurrentes de la durée et du contrôle

La présidente par intérim du Venezuela Delcy Rodriguez a indiqué que l’accord s’appliquerait pendant 25 ans. La Maison Blanche a présenté, de son côté, une concession de 100 ans portant sur 17 champs pétroliers, avec plus de 100 milliards de dollars d’investissements attendus pour le Venezuela.

Delcy Rodriguez a aussi déclaré que Caracas recevrait environ 19 dollars par baril produit. Le dispositif passerait par North American Blue Energy Partners, société privée dont le siège est établi à la Barbade, à laquelle serait attribuée la concession.

Washington doit récupérer 35 % de la holding contrôlant NABEP. D’après la Maison Blanche, le département d’État disposerait en outre d’un droit d’achat, au coût de production, sur 20 % des volumes issus des champs actuels et futurs opérés par l’entreprise.

Le gouvernement américain présente ce mécanisme comme un levier pour reconstituer la réserve stratégique de pétrole des États-Unis. Donald Trump a déclaré vouloir utiliser une partie de ces volumes pour remplir ces stocks, tombés en août à un niveau inférieur à 300 millions de barils selon les données hebdomadaires de l’EIA citées aux États-Unis.

Des critiques politiques et juridiques déjà vives

L’ancien patron de la compagnie pétrolière publique vénézuélienne PDVSA Rafael Ramirez a dénoncé un « néocolonialisme américain ». Dans un message publié sur X, il a décrit l’accord comme « un accord conclu dans le dos du pays, manifestement inconstitutionnel, qui cède le contrôle du territoire et du pétrole à une puissance étrangère ».

Delcy Rodriguez a répondu que « le Venezuela conserve la propriété et la souveraineté sur ses ressources ». Cette précision vise à limiter la portée politique des déclarations américaines, alors que Donald Trump revendique un contrôle majoritaire sur les réserves concernées.

L’homme d’affaires Alejandro Betancourt dirige NABEP. Il a fait l’objet d’enquêtes en Espagne et en Suisse pour des soupçons de blanchiment d’argent, sans que la dépêche ne fasse état d’une condamnation liée à ces procédures.

Le ministère américain des Affaires étrangères et le Pentagone ont participé à la structuration du partenariat. Le Wall Street Journal, dans un éditorial, a comparé l’opération à une transaction politique et mafieuse plutôt qu’à un accord pétrolier classique, en référence à une scène du film « Le Parrain II » impliquant des hommes d’affaires et Fulgencio Batista.

Les producteurs américains restent en retrait

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a qualifié l’accord de « victoire majeure » pour réduire la facture de carburant des ménages américains, renchérie par la guerre au Moyen-Orient. Plusieurs experts jugent toutefois qu’un effet visible dans les stations-service prendrait du temps, même si les volumes annoncés étaient effectivement développés.

Contactées, les principales compagnies pétrolières américaines n’ont pas commenté ces annonces. Des distributeurs et raffineurs doivent rencontrer Donald Trump mardi 1er septembre pour discuter des prix à la pompe, selon la Maison Blanche.

Depuis la capture de Nicolás Maduro début janvier lors d’un raid militaire américain, Donald Trump cherche à relancer sous patronage américain l’exploitation des ressources pétrolières et gazières vénézuéliennes. Les compagnies restent cependant prudentes, à l’exception de Chevron, face aux montants nécessaires pour restaurer les infrastructures et au précédent des expropriations décidées par le régime vénézuélien.

La production vénézuélienne avoisine 1,2 million de barils par jour, après une hausse de 30 % entre janvier et juillet, mais demeure éloignée des trois millions de barils par jour atteints il y a environ vingt-cinq ans. L’analyste Andy Lipow, de Lipow Oil Associates, estime qu’il reste « difficile de savoir si cet accord restera en vigueur après Trump, s'il sera modifié ou même abrogé ».