Un scrutin présidentiel avant d’autres élections
L’élection présidentielle du 19 juillet intervient dans un État insulaire lusophone du golfe de Guinée, indépendant du Portugal depuis 1975. L’Union européenne a déployé une mission d’observation pour ce scrutin, ainsi que pour les élections législatives, locales et régionales prévues le 27 septembre 2026, selon le Service européen pour l’action extérieure.
Depuis l’instauration du multipartisme en 1991, après quinze ans de régime marxiste à parti unique, la vie politique santoméenne reste structurée autour de deux formations principales : l’Alternative démocratique indépendante, classée au centre-droit, et le Mouvement de libération de Sao Tomé-et-Principe-Parti social-démocrate, issu de l’ancien parti unique et situé au centre gauche.
Le régime parlementaire s’est stabilisé après des tentatives de coup d’État en 2003 et 2009, ce qui a contribué à l’image démocratique du pays en Afrique. Une nouvelle tentative de coup d’État a toutefois été rapidement déjouée par l’armée en novembre 2022.
Des permis offshore sans production commerciale
L’exploration pétrolière, engagée au début des années 2000, nourrit des attentes économiques importantes dans l’archipel. Le pays ne dispose pas encore d’une production commerciale d’hydrocarbures, et les perspectives restent conditionnées aux résultats de l’exploration et au maintien des investissements.
TotalEnergies a signé en juin 2024 un accord avec l’Agence nationale du pétrole de Sao Tomé-et-Principe pour acquérir 60 % et le rôle d’opérateur sur le bloc offshore STP02, selon le groupe français. L’entreprise a présenté cette entrée comme la poursuite de ses travaux d’exploration après l’interprétation de données sismiques 3D sur le bloc adjacent STP01.
Petrobras a, de son côté, annoncé fin 2023 son entrée dans des blocs exploratoires santoméens, puis confirmé en février 2024 la finalisation de participations dans les blocs 10, 11 et 13. Le groupe brésilien a aussi indiqué le 9 juillet 2026 avoir conclu l’acquisition et l’opération du bloc 3, avec 75 % du consortium, aux côtés d’Oranto à 15 % et de l’Agence nationale du pétrole à 10 %.
L’African Energy Chamber estime que la première production commerciale pourrait intervenir après 2030, à condition que des découvertes exploitables soient réalisées et que les flux d’investissement se poursuivent. L’organisation a aussi indiqué en 2026 que les blocs 7, 8 et 9 de la zone économique exclusive occidentale pouvaient offrir jusqu’à 85 % de participation aux compagnies candidates.
Une économie encore portée par le cacao et le tourisme
Avant le pétrole, le cacao a constitué le marqueur économique et historique majeur de Sao Tomé-et-Principe, au point de valoir à l’île de Sao Tomé le surnom d’« île chocolat ». À la fin du XIXe siècle, l’archipel produisait près de 35 000 tonnes de cacao par an et occupait le premier rang mondial.
La culture du cacao s’est développée sur des terres volcaniques fertiles, à partir de plants introduits par les Portugais au XVIIIe siècle. L’historienne Maria Nazaré Ceita, de l’université de Sao Tomé, explique que la production s’est effondrée après l’indépendance, avec le départ des Portugais, la perte de savoir-faire, des épidémies touchant les cultures et une redistribution des terres sans encadrement suffisant.
Le café a aussi occupé une place importante dans l’économie agricole santoméenne et reste produit en volumes plus réduits, avec un positionnement haut de gamme. La vanille et le poivre se sont développés plus récemment dans l’archipel.
Un héritage colonial lourd et un tourisme contraint
Colonisées par le Portugal à partir de la fin du XVe siècle, les îles ont été intégrées à une économie de plantation fondée sur l’asservissement, d’abord pour la canne à sucre, puis pour le cacao et le café. Des milliers d’hommes et de femmes venus d’Afrique centrale y ont été contraints au travail forcé.
Selon des historiens, Sao Tomé-et-Principe a aussi été une plateforme majeure de la traite transatlantique, avec environ six millions de personnes déportées depuis l’île. Après l’abolition de l’esclavage en 1876, des travailleurs sous contrat ont été acheminés depuis l’Angola, le Mozambique, le Cap-Vert, le Gabon ou le Congo, souvent sous la contrainte.
Le pays dispose d’atouts touristiques importants, avec des îles volcaniques, des plages et une végétation dense où près de 600 espèces de plantes ont été recensées. Le développement du secteur reste limité par les infrastructures, les conditions d’investissement et le coût du transport aérien, un aller-retour Lisbonne-Sao Tomé atteignant environ 1 500 euros en saison sèche.
La Banque mondiale estime que l’économie santoméenne a progressé de 2,1 % en 2025, notamment grâce à l’amélioration de l’approvisionnement électrique et au tourisme. L’offre touristique s’adresse en partie à une clientèle fortunée, avec plusieurs établissements de luxe, dont trois hôtels classés cinq étoiles.