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Chypre-Nord promet de bloquer tout forage gazier au large de l'île

  • AFP
  • parue le

Après le blocage d'un navire de forage italien par la marine turque au large de Chypre, les dirigeants de Chypre-Nord, partie de l'île occupée par la Turquie, ont averti qu'ils s'opposeraient à toute exploration offshore de gaz s'ils continuent à être exclus du processus.

Ce dernier incident provoque des tensions entre les dirigeants chypriotes-turcs et chypriotes-grecs, alors même que les deux parties sont poussées par l'ONU à reprendre des négociations pour réunifier l'île méditerranéenne divisée depuis 1974. "Nous ne permettrons pas que les Chypriotes-grecs ou les compagnies (internationales) agissent unilatéralement en notre nom", assure dans un entretien à l'AFP Kudret Ozersay, le "ministre" des Affaires étrangères de la République autoproclamée de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par Ankara.

La République de Chypre, membre elle de l'Union européenne, a signé ces dernières années des contrats d'exploration avec des géants des hydrocarbures comme l'Italien Eni, le Français Total ou l'Américain ExxonMobil. Mais la Turquie, qui occupe le nord de l'île, réclame la suspension de toute exploration par les dirigeants de la République de Chypre, des Chypriotes-grecs, tant qu'une solution à la division n'est pas trouvée.

Cette hostilité s'est traduite concrètement par le blocage en février par un bateau militaire turc d'un navire affrété par la compagnie Eni qui voulait effectuer des forages à l'est de l'île. Celui-ci a finalement dû quitter la zone.

Alors que deux navires affrétés par ExxonMobil viennent d'arriver à Chypre pour effectuer des relevés préliminaires en vue des explorations auxquelles le géant américain compte procéder cette année au large de l'île, les Chypriotes-turcs estiment qu'ils doivent être consultés sur la question de ces recherches d'hydrocarbures. "Si la volonté des Chypriotes-turcs n'est pas prise en compte, toute activité économique (...) ne peut être entreprise. Comme vous l'avez vu, l'exploration n'a pas eu lieu" en février, affirme Kudret Ozersay.

Les dernières tensions interviennent à un moment délicat des relations entre les dirigeants chypriotes-turc et grecs qui tentent, une fois de plus, de s'entendre pour parvenir à réunifier l'île. Chypre est divisée depuis 1974, quand l'armée turque a envahi le nord de l'île après un coup d'Etat visant à rattacher cette île à la Grèce qui inquiétait la minorité turcophone chypriote. Le processus de paix est en suspens depuis l'échec en 2017 des dernières négociations parrainées par l'ONU, qui avaient notamment achoppé sur la question du retrait des 45.000 soldats turcs présents sur l'île.

Une opportunité ?

M. Ozersay estime pour sa part que ce dossier pourrait être un atout pour les Chypriotes-turcs dans les négociations --soit pour résoudre la division de l'île, soit pour conclure un accord sur un partage des ressources. "Je vois les circonstances actuelles comme une sorte d'opportunité", assure-t-il.

Selon lui, les compagnies pétrolières ou les Etats derrière elles peuvent faire "passer le message" aux Chypriotes-grecs pour leur faire comprendre qu'il faut discuter avec les Chypriotes-turcs. Si cela devait échouer, avertit-il, alors les Chypriotes-turcs pourraient envisager de se lancer dans leurs propres explorations et effectuer des forages offshore. Une décision qui pourrait elle-même entraîner des représailles de l'autre partie.

Vendredi à Nicosie, un responsable américain a fait part au président Nicos Anastasiades du soutien de Washington quant au "droit" de la République de Chypre "à développer ses ressources naturelles". Le secrétaire d'Etat adjoint pour les affaires européennes et eurasiatiques, Wess Mitchell, a ensuite rencontré le dirigeant chypriote-turc Mustafa Akinci.

M. Anastasiades avait promis avant sa réélection en février qu'il voulait reprendre les négociations de paix rapidement. Mais depuis l'incident du navire d'Eni, il insiste sur le fait qu'elles ne peuvent reprendre qu'une fois que la Turquie respectera les "droits souverains" du pays sur l'exploration énergétique.

Pour ceux qui encouragent les efforts de paix, les derniers développements risquent de compromettre une reprise des négociations. Les pourparlers de l'année dernière ont été vus comme les plus près d'aboutir mais désormais, toute bonne volonté semble s'être évaporée de part et d'autre.

La journaliste et militante pour la paix Esra Aygin ne cache pas son pessimisme. "En gros, ce que les deux camps disent maintenant (...) c'est qu'ils ne veulent pas débuter des négociations, et cela m'interroge quant à la sincérité, l'honnêteté et la détermination" de leurs dirigeants, ajoute-t-elle.


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