Damas met en avant sa position de transit

Le président syrien Ahmad al-Chareh a ouvert, aux côtés d'Emmanuel Macron, un forum économique au palais présidentiel en présentant la géographie syrienne comme un actif stratégique pour les flux régionaux. La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran durant la guerre avec les États-Unis a servi de toile de fond à cette séquence diplomatique et industrielle.

Ahmad al-Chareh a affirmé que la crise d'Ormuz avait rappelé « l'importance de la géographie de la Syrie » et son rôle de carrefour pour les corridors mondiaux. Il a dit souhaiter que la France devienne « le premier partenaire » de la Syrie dans cette trajectoire.

Le président syrien a élargi le champ du partenariat aux ports, à la navigation aérienne, à l'énergie, à l'eau et à la santé. Il a présenté ce cadre comme « le modèle » recherché par Damas pour ses relations avec l'Europe et le reste du monde.

Paris relie reconstruction et nouvelles routes énergétiques

Emmanuel Macron, accompagné d'une délégation de dirigeants d'entreprises françaises, a inscrit ce déplacement dans les besoins de stabilisation et de reconstruction du pays. « Après 14 années de guerre, le défi de la Syrie est multiple », a-t-il déclaré, en jugeant que les intérêts des entreprises françaises convergeaient avec ce chantier.

Le président français a aussi défendu l'idée d'un rôle syrien durable dans les flux régionaux. Selon lui, le partenariat peut contribuer à faire de la Syrie « un hub régional » où de nouvelles chaînes logistiques, routes énergétiques et infrastructures de données pourraient réduire les risques liés aux crises géopolitiques.

La délégation française comprenait notamment Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM, et Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies. Des accords ont été signés lors de la visite, tandis qu'Ahmad al-Chareh a demandé aux entreprises françaises de bâtir des « partenariats organiques » avec le secteur privé syrien.

TotalEnergies et CMA CGM sont déjà positionnés

En marge de la visite, Patrick Pouyanné a estimé que la Syrie pouvait devenir un pays de transit important pour le pétrole irakien vers la Méditerranée et offrir des routes alternatives à Ormuz. Cette perspective renvoie aux discussions régionales sur les liaisons entre l'Irak, la Syrie et les terminaux méditerranéens.

TotalEnergies a annoncé le 12 mai 2026 avoir signé, avec QatarEnergy et ConocoPhillips, un mémorandum d'entente avec la Syrian Petroleum Company portant sur l'exploration du bloc offshore 3 au large de la Syrie, en mer Méditerranée. L'accord prévoit une évaluation technique de la zone et un cadre de discussions commerciales autour d'éventuelles activités d'exploration.

Dans les infrastructures portuaires, CMA CGM indique qu'un investissement de 200 millions d'euros doit être consacré au terminal à conteneurs de Lattaquié, dans le cadre d'une concession renouvelée pour 30 ans le 1er mai 2025. Le port de Lattaquié constitue l'un des points d'appui logistiques évoqués par Damas pour relier reconstruction intérieure, commerce régional et accès maritime.

Ahmad al-Chareh a dit vouloir « passer aujourd'hui des protocoles d'intention à des contrats d'exécution assortis de calendriers précis ». Cette demande fixe l'enjeu opérationnel immédiat des engagements franco-syriens signés à Damas.