Un contrôle exceptionnel de 180 jours
Le décret 5697, daté du mardi 1er septembre et publié au Journal officiel bolivien, met sous intervention temporaire Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos, la compagnie pétrolière publique YPFB. La mesure peut s'appliquer pendant 180 jours calendaires et être prolongée une seule fois, à titre exceptionnel, pour 90 jours supplémentaires.
Le texte précise que cette intervention ne supprime pas YPFB, ne modifie pas sa personnalité juridique et ne change pas sa structure actuelle. Le gouvernement n'avait pas encore commenté publiquement la décision mercredi 2 septembre.
Le décret ordonne une intervention étatique « extraordinaire, transparente et temporaire » de la gestion d'YPFB, « afin de protéger les intérêts de l'État et de rétablir l'efficacité de sa gestion opérationnelle et administrative ».
La chaîne des carburants devient la priorité
Une commission d'intervention rassemblera des représentants de quatre ministères, ainsi que du vice-ministère de la Transparence. Elle supervisera la gestion administrative et opérationnelle de l'entreprise publique pendant la période prévue par le décret.
Ses travaux devront porter en priorité sur la commercialisation, la logistique et la traçabilité des carburants. La commission pourra aussi recommander des audits de la chaîne d'importation et de distribution, avec l'objectif d'identifier d'éventuels réseaux de contrebande ou de détournement de carburants et d'établir des responsabilités.
La dépendance bolivienne aux carburants importés rend cette chaîne particulièrement sensible. Selon Associated Press en mai 2026, la Bolivie importait environ 80 % du diesel et 55 % de l'essence consommés dans le pays.
La fin des subventions n'a pas réglé les pénuries
Rodrigo Paz, président bolivien de centre droit arrivé au pouvoir en novembre 2025, avait promis de mettre fin aux pénuries de carburants. En décembre 2025, son gouvernement a supprimé les subventions aux carburants, héritées des mandats socialistes d'Evo Morales entre 2006 et 2019, puis de Luis Arce entre 2020 et 2025.
Le Fonds monétaire international évaluait en avril 2025 le coût budgétaire direct des subventions boliviennes aux carburants à 3,9 % du PIB en 2024, principalement pour l'essence et le diesel. En incluant les coûts d'opportunité liés aux carburants produits localement et vendus sous les prix internationaux, la charge atteignait 5,2 % du PIB selon l'institution.
La suppression de ces aides n'a toutefois pas fait disparaître les files d'attente devant les stations-service. Les réserves de devises nécessaires aux importations de carburants avaient déjà été fortement entamées par le maintien prolongé de prix administrés.
La hausse du diesel ravive les tensions sociales
La semaine précédant le décret, le gouvernement a doublé le prix du litre de diesel pour le porter à 1,5 dollar. L'exécutif justifie cette hausse par la lutte contre la contrebande, qu'il présente comme l'une des causes des pénuries actuelles.
Cette décision a déclenché des blocages routiers dans plusieurs départements du pays. Ces mobilisations interviennent malgré l'état d'exception encore en vigueur, instauré après la vague de manifestations contre la crise économique qui avait paralysé la Bolivie entre mai et juin.
La commission chargée d'YPFB devra examiner les modalités d'importation, d'acquisition, de stockage, de transport, de distribution et de vente des carburants pendant la durée de l'intervention.