Sept provinces reconnectées, mais une alimentation encore partielle
Les autorités cubaines ont indiqué que sept des 15 provinces du pays, dont La Havane, avaient été raccordées de nouveau au réseau électrique national. Cette reconnexion ne signifie toutefois pas que l'électricité est rétablie dans l'ensemble des logements, la production disponible restant insuffisante pour alimenter normalement les usagers.
Dans la capitale, peuplée de 1,7 million d'habitants, la compagnie électrique locale a annoncé mardi matin que plus de 32% des foyers avaient retrouvé du courant. La coupure nationale avait été signalée lundi 6 juillet à la mi-journée par la compagnie électrique, qui avait évoqué « une déconnexion totale » du système sur l'île de 9,6 millions d'habitants.
Les autorités ont attribué mardi l'effondrement du réseau à une oscillation du voltage combinée à un niveau de production électrique trop faible. Le redémarrage du système passe par la remise sous tension progressive de portions du réseau, une procédure d'autant plus contrainte que les moyens de production mobilisables sont limités.
La pénurie de carburant pèse sur les groupes et les centrales
Le directeur de l'électricité au ministère cubain de l'Énergie et des Mines, Lazaro Guerra, a reconnu lundi soir à la télévision d'État que le manque de carburant « rend indiscutablement plus compliqué le processus de restauration » du réseau. À la différence de précédents épisodes, la disponibilité réduite du combustible complique le recours aux capacités thermiques et aux groupes électrogènes de secours.
Le système électrique cubain dépend principalement de sept centrales thermiques anciennes, régulièrement affectées par des avaries ou des arrêts de maintenance, ainsi que d'un parc de groupes électrogènes fonctionnant au gazole importé. La centrale Antonio Guiteras, principale unité du pays dans l'ouest de l'île, est actuellement arrêtée pour réparation après plus de quinze arrêts depuis le début de l'année liés à des pannes successives.
Selon l'agence EFE, l'arrêt signalé début juillet de la centrale Antonio Guiteras correspond à sa 17e sortie du réseau depuis le 1er janvier 2026. Le bureau de l'ONU à Genève avait pour sa part averti le 7 avril 2026 que la crise énergétique cubaine affectait l'accès à la santé, à l'eau, à l'alimentation et aux transports, dans un contexte de pénurie de carburant prolongée depuis plus de trois mois.
Les délestages quotidiens atteignent désormais plus de 30 heures consécutives à La Havane et plusieurs jours dans certaines provinces. Ces coupures se poursuivent malgré un programme de construction de parcs solaires engagé il y a deux ans par les autorités cubaines.
La Havane met en cause les sanctions américaines
Le président cubain Miguel Diaz-Canel a directement imputé la crise à la politique américaine de sanctions. Il a accusé Washington de vouloir « provoquer un soulèvement social en étouffant le pays » et a qualifié de « génocidaire » le blocus énergétique imposé par les États-Unis.
Les coupures générales ou partielles se multiplient à Cuba sous l'effet combiné de la vétusté des infrastructures électriques et de la pénurie de combustible. Depuis fin 2024, huit pannes générales ont été recensées, tandis que les délestages quotidiens se sont aggravés après l'entrée en vigueur, en janvier, d'un blocus pétrolier américain empêchant les livraisons de carburant.
Les relations entre Washington et La Havane se sont fortement dégradées depuis le début de l'année, notamment après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié du gouvernement cubain. Outre le blocus pétrolier, les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions visant des entreprises et des dirigeants cubains.
Un débat demandé devant l'Assemblée générale de l'ONU
Donald Trump considère que Cuba, située à environ 150 kilomètres des côtes de Floride, représente « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale des États-Unis. Le président américain a plusieurs fois averti qu'il pourrait en « prendre le contrôle », alors que les deux pays restent engagés dans des pourparlers difficiles.
Sous pression économique, les autorités cubaines ont adopté à la mi-juin un ensemble de mesures inédites en faveur de l'économie de marché, une inflexion majeure pour le modèle de l'île près de 70 ans après l'adoption du communisme. Cuba a demandé la tenue mardi, soumise à un vote, d'un débat devant l'Assemblée générale des Nations Unies sur les effets du blocus pétrolier et des autres sanctions américaines.
La Havane a accusé lundi Washington de chercher à empêcher ce débat en exerçant des pressions sur des gouvernements d'États membres afin qu'ils ne votent pas en faveur de son ouverture. À La Havane, Rebeca Ceballo, retraitée de 73 ans, résumait la situation par cette formule : « Il faut s'adapter. Nous les Cubains nous nous adaptons à cela. Malheureusement, c'est comme ça. Nous nous adaptons aux bonnes choses et aux mauvaises choses ».