Un redémarrage limité à La Havane

Plus de vingt-quatre heures après la déconnexion totale du réseau survenue vendredi 10 juillet, seuls 12% des foyers de La Havane avaient retrouvé l’électricité en début de soirée samedi 11 juillet, selon la compagnie nationale d’électricité UNE. À la mi-journée, la proportion atteignait 7% dans la capitale, qui compte 1,7 million d’habitants.

La panne générale de vendredi est partie d’un incident dans le centre de l’île, deux jours après la reconnexion du système consécutive à une précédente coupure nationale lundi. Cuba, peuplée de 9,6 millions d’habitants, en est à sa quatrième coupure totale en moins de six mois et à la neuvième depuis fin 2024.

Le carburant manque pour remettre le système sous tension

La compagnie électrique estime que la pénurie de combustibles accroît la vulnérabilité du réseau et ralentit les opérations de reprise. Les groupes de secours nécessaires au redémarrage fonctionnent avec du diesel importé, dont l’approvisionnement est réduit.

Depuis janvier, La Havane affirme que Washington n’a laissé arriver qu’un pétrolier russe, en mars, avec 100 000 tonnes de brut. Ces volumes sont désormais épuisés, selon les éléments communiqués par les autorités cubaines.

Le président cubain Miguel Diaz-Canel a reconnu samedi que cette nouvelle panne, intervenue à quelques jours de la précédente, « aggrave les tensions dans le processus de rétablissement ». Il a qualifié la situation de « très complexe en raison du blocus pétrolier génocidaire » imposé par les États-Unis depuis janvier.

Des délestages de plus de 30 heures dans la capitale

Le réseau cubain subit des coupures générales ou partielles récurrentes, liées à la vétusté des infrastructures et au déficit de carburant, aggravé par les sanctions américaines. Les délestages atteignent désormais plus de 30 heures consécutives à La Havane et plusieurs jours dans certaines provinces.

Le gouvernement a lancé il y a deux ans un programme de construction de parcs solaires, sans parvenir à compenser la fragilité du système électrique. Selon le ministère cubain de l’Énergie et des Mines, 52 parcs solaires photovoltaïques étaient montés fin mars 2026, pour plus de 1 000 MW, avec une contribution pouvant atteindre 38% de l’énergie consommée en journée.

La chaleur de l’été tropical accentue la tension sociale dans les quartiers privés de courant. « Que puis-je faire ? Je ne peux rien faire, m’adapter pour continuer à vivre dans ce pays, malheureusement. Je ne peux plus rien faire », a déclaré Eneyda Gomez, une retraitée de 71 ans.

Une pression sociale diffuse mais sans bascule annoncée

Pedro Martinez, 63 ans, décrit un niveau de stress « insupportable, intenable » et ne voit pas de « solutions à moyen et à court terme ». Il juge toutefois « peu probable qu’il y ait une explosion sociale à Cuba », cinq ans après les manifestations antigouvernementales du 11 juillet 2021, d’une ampleur inédite sur l’île.

Dans les zones les plus affectées, des habitants expriment ponctuellement leur exaspération par des rassemblements, des feux de tas d’ordures ou des concerts de casseroles. Les tensions énergétiques se doublent d’un durcissement diplomatique entre Washington et La Havane depuis le début de l’année, notamment après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié du gouvernement cubain.

Outre le blocus pétrolier, les États-Unis ont adopté des sanctions visant des entreprises et des responsables cubains, ce qui réduit les rentrées de devises et fragilise le secteur touristique. Donald Trump a affirmé que l’île, située à 150 kilomètres des côtes de Floride, représentait « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale américaine et a averti à plusieurs reprises qu’il pourrait en « prendre le contrôle ».

Les deux pays poursuivent des discussions difficiles. Fin juin, le chef de la diplomatie cubaine Bruno Rodriguez a reconnu qu’il n’y avait « aucun progrès » dans les négociations en cours.