Un réseau reconnecté par étapes
Dix des 15 provinces cubaines, dont La Havane, avaient été de nouveau raccordées au réseau électrique mardi, ont indiqué les autorités. Cette reprise technique ne correspond pas à une réalimentation complète des usagers, la production disponible restant insuffisante pour couvrir tous les foyers.
Dans la capitale, qui compte 1,7 million d'habitants, la compagnie électrique locale a fait état d'un retour du courant dans plus de 65% des foyers. La panne générale avait débuté lundi 6 juillet à la mi-journée et avait privé d'électricité l'ensemble de l'île, soit 9,6 millions d'habitants.
Les autorités ont attribué la déconnexion du système à une oscillation de tension combinée à une production électrique faible. Le redémarrage s'avère plus difficile que lors des épisodes précédents en raison du manque de carburant mobilisable pour relancer les moyens de production.
Le manque de combustible ralentit la relance
Le président cubain Miguel Diaz-Canel a directement mis en cause la politique de sanctions des États-Unis, accusant Washington de vouloir « provoquer un soulèvement social en étouffant le pays » et qualifiant le blocus énergétique américain de « génocidaire ». Mardi, il a ajouté sur X que « Sans carburant, la déconnexion du système électrique national se prolonge ».
La fragilité du parc électrique cubain résulte à la fois d'infrastructures vieillissantes et d'un déficit récurrent de carburant. Depuis fin 2024, huit pannes générales ont été recensées, tandis que les interruptions quotidiennes se sont accentuées depuis l'instauration en janvier de restrictions américaines sur les livraisons pétrolières destinées à l'île.
Selon la Maison Blanche, un décret du 29 janvier 2026 autorise les États-Unis à appliquer des droits de douane supplémentaires aux importations venant de pays qui fournissent directement ou indirectement du pétrole à Cuba. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a, le 11 juin 2026, demandé la suspension des restrictions visant le carburant et des sanctions extraterritoriales, estimant qu'elles affectaient l'accès à l'énergie, à l'alimentation et aux médicaments.
Des centrales thermiques vieillissantes et des délestages prolongés
Les groupes électrogènes alimentés au carburant complètent normalement la production de sept centrales thermiques anciennes, régulièrement touchées par des avaries ou des arrêts de maintenance. La centrale Antonio Guiteras, principale installation électrique du pays et située dans l'ouest de Cuba, est arrêtée pour réparation après plus de 15 interruptions depuis le début de l'année.
Les délestages atteignent désormais plus de 30 heures consécutives à La Havane et plusieurs jours dans certaines provinces. Cuba a lancé il y a deux ans un programme de parcs solaires pour réduire sa dépendance aux combustibles, sans empêcher l'aggravation des coupures dans l'immédiat.
Selon le quotidien officiel Granma, l'Union électrique cubaine a engagé en mars 2026 l'installation de 5 000 systèmes photovoltaïques de 2 kW donnés par la Chine, soit 10 MW de petits équipements destinés notamment à des services essentiels. Cette capacité décentralisée reste limitée au regard des besoins d'un système national dont le redémarrage dépend encore fortement des centrales thermiques et des groupes au fioul ou au diesel.
À La Havane, Rebeca Ceballo, retraitée de 73 ans, résumait l'accoutumance forcée des habitants aux coupures : « Il faut s'adapter. Nous les Cubains nous nous adaptons à cela. Malheureusement, c'est comme ça. Nous nous adaptons aux bonnes choses et aux mauvaises choses ».
Le différend avec Washington se déplace à l'ONU
Les relations entre Cuba et les États-Unis se sont nettement dégradées depuis le début de l'année, notamment après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié de La Havane. Outre le blocus pétrolier en vigueur depuis janvier, Washington a annoncé de nouvelles sanctions visant des entreprises et des responsables cubains.
Donald Trump considère que l'île communiste, distante d'environ 150 kilomètres de la Floride, représente « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale américaine. Il a également averti à plusieurs reprises qu'il pourrait en « prendre le contrôle », alors que les deux pays mènent des pourparlers difficiles.
Mardi, le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a dénoncé à l'Assemblée générale de l'ONU un blocus américain « sans pitié », lors d'un débat organisé malgré les pressions diplomatiques des États-Unis. La tenue de ce débat spécial a recueilli 136 voix pour, 9 contre et 40 abstentions, un soutien inférieur à celui observé lors des votes annuels habituels contre l'embargo américain.
Bruno Rodriguez a accusé Washington de mener contre Cuba « une guerre multidimensionnelle et non conventionnelle qui dure depuis près de sept décennies et qui est devenue encore plus cruelle et sans pitié » avec le blocus, parlant d'une « punition collective » infligée à la population. À la tribune, l'ambassadeur américain auprès de l'ONU Mike Waltz a répondu : « Il n'y a pas de blocus américain. Le seul embargo à Cuba est la guillotine que le régime fait planer au dessus de la tête de son peuple ».
Face à cette pression économique et énergétique, les autorités cubaines ont adopté mi-juin un ensemble de mesures inédites favorables à l'économie de marché, un changement majeur pour le modèle institué sur l'île depuis l'adoption du communisme il y a près de 70 ans.