Une reprise graduelle à La Havane

L'Union électrique de Cuba (UNE) a indiqué que 24 % des foyers de La Havane avaient été réalimentés, avec une priorité donnée aux infrastructures de santé. La veille au soir, l'électricité ne desservait encore que 11,5 % des logements de la capitale, qui compte environ 1,7 million d'habitants.

Le nouvel effondrement du réseau électrique national a été attribué par l'UNE à une « oscillation » du système, après l'arrêt soudain d'une centrale thermoélectrique. Selon l'opérateur, l'arrêt de l'unité Felton 1 a provoqué une variation brutale de fréquence et un déséquilibre immédiat entre production et demande.

Les autorités cubaines et l'UNE ont activé des protocoles de reprise par micro-îlots électriques, ensuite reconnectés progressivement au système national. Cette méthode vise à réalimenter d'abord les hôpitaux, les services d'eau et certains sites essentiels, avant une remise sous tension plus large.

Des délestages devenus quasi permanents

Les deux précédentes pannes générales étaient intervenues la semaine précédente. À chaque épisode, la compagnie nationale avait eu besoin de plus de 24 heures pour rétablir l'ensemble du réseau, dans un pays déjà soumis à des délestages très longs en raison d'une production insuffisante.

Selon l'agence espagnole EFE, la panne du 14 juillet correspond à la cinquième chute totale du Système électroénergétique national cubain depuis le début de 2026. Les coupures ont récemment dépassé 30 heures d'affilée à La Havane et plusieurs jours dans certaines provinces.

« Je n'ai pas de mots », témoigne Maria Caridad Alvarez, femme au foyer de 62 ans. « Quand je me suis levée ce matin, le courant était revenu et j'ai pu cuisiner des haricots, mais maintenant que je sors, il est de nouveau coupé. On dirait qu'il n'y a pas de solution », ajoute-t-elle, estimant que la crise énergétique est « en train de tuer chez l'être humain l'enthousiasme de vivre ».

Le manque de carburant fragilise les centrales

Cuba subit depuis cinq ans une crise économique profonde, qui se traduit notamment par une maintenance insuffisante des infrastructures électriques et par des difficultés d'approvisionnement en combustibles. Les sept centrales thermiques vieillissantes du pays connaissent des pannes fréquentes ou des arrêts programmés, tandis que les groupes électrogènes de secours manquent de carburant.

Le ministre de l'Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, a attribué mardi l'aggravation de la situation à l'état du système électrique cubain et aux décisions américaines. « C'est pratiquement une guerre que nous vivons », a-t-il déclaré, en évoquant une « absence totale de carburant » et l'impossibilité d'obtenir certaines pièces de rechange pour les centrales.

Depuis janvier, Washington n'a autorisé, selon les autorités cubaines, qu'un seul pétrolier russe à livrer en mars 100 000 tonnes de brut. Ces réserves sont désormais épuisées, ce qui limite l'usage des générateurs de secours et ralentit les opérations de remise en service après incident.

Le solaire progresse sans stabiliser encore le système

Le gouvernement cubain a lancé il y a deux ans un programme de construction de parcs solaires pour réduire la dépendance aux combustibles importés. Selon le ministère de l'Énergie et des Mines, 52 parcs photovoltaïques étaient achevés au printemps 2026, représentant plus de 1 000 MWp et jusqu'à 38 % de la consommation diurne lorsque leur production atteint son maximum.

Cette puissance solaire ne supprime pas le besoin de moyens pilotables ni de régulation de fréquence. L'UNE a indiqué en mars 2026 que les systèmes de batteries en déploiement doivent fournir 50 MW chacun de régulation instantanée, afin d'injecter ou d'absorber rapidement de l'énergie lors de fluctuations susceptibles de déstabiliser le réseau.

Les tensions avec les États-Unis se sont accrues depuis le début de l'année, après la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, allié de La Havane. Donald Trump considère Cuba comme « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale américaine et a plusieurs fois averti qu'il pourrait en « prendre le contrôle ».

Les deux pays mènent des discussions difficiles. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a reconnu fin juin qu'il n'y avait « aucun progrès » dans les négociations avec Washington.