Un projet de ligne très haute tension avec 145 pylônes

Le principal verrou cité par les acteurs économiques concerne une ligne à très haute tension portée par RTE, destinée à accompagner la hausse attendue des consommations électriques sur la zone de Fos et à sécuriser l’alimentation de la région Paca, dont le réseau électrique est déjà fortement sollicité.

Le projet retenu par RTE prévoit une liaison aérienne traversant les Costières de Nîmes, la Camargue et la plaine de la Crau, avec 145 pylônes de 40 à 60 mètres de hauteur. Cette infrastructure est contestée par des agriculteurs, des associations écologistes et plusieurs élus, qui mettent en avant les risques pour des espaces naturels protégés et pour l’activité touristique.

Une nouvelle mobilisation des opposants est prévue le 19 septembre 2026. Jean-Luc Chauvin, président de la Chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille Provence, insiste de son côté sur l’échéance de mise en service plutôt que sur le tracé : « Moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas par où elle passe, c'est quand elle arrive ! »

2e zone industrielle la plus émettrice de CO2 en France après Dunkerque

La décarbonation de Fos concerne d’abord les activités lourdes déjà implantées, notamment la sidérurgie et la pétrochimie. Elle doit aussi accompagner des projets liés à l’hydrogène, aux e-carburants, à l’éolien flottant, aux centres de données et à la mobilité électrique. Selon RTE, les besoins en électricité de la région doivent doubler d’ici dix ans. Les documents publics associés au débat Fos-Berre Provence indiquent que les besoins de puissance électrique du périmètre Fos-Étang de Berre pourraient augmenter de 4 à 5 GW à l’horizon 2035-2040.

Jean-Luc Chauvin rappelle que la zone industrielle de Fos est présentée comme la deuxième plus émettrice de CO2 en France après Dunkerque. « Il y a urgence, il y a des entreprises qui ont des projets, et il y a surtout les engagements que la France a pris en matière de décarbonation pour la zone industrielle de Fos », souligne le président de la CCI.

Jean-Christophe Amarantinis, président de l’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône, reproche à l’État de ne pas transformer les annonces en décisions exécutoires. « L'État joue la montre. Ce n'est pas acceptable ! », déclare-t-il, en estimant que l’absence d’engagement « ferme et irrévocable » pourrait être rattrapée par la séquence présidentielle de 2027.

« Moi ce que je crains, c'est l'indécision et l'allongement permanent des délais »

Le débat public global sur Fos-Berre Provence s’est tenu du 2 avril au 13 juillet 2025 sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). La préfecture a lancé fin août 2026 une concertation continue globale sur les projets du territoire et leurs impacts, notamment les compensations environnementales, l’eau, la qualité de l’air et les mobilités. La ligne THT n’entre pas dans ce dispositif, car elle doit faire l’objet d’une enquête publique d’ici la fin de l’année, avant une éventuelle déclaration d’utilité publique.

Le maire de Fos-sur-Mer, Philippe Maurizot, élu divers droite, dit accepter le principe de la concertation mais redoute la prolongation des calendriers. « La concertation, il en faut, bien sûr. Moi ce que je crains, c'est l'indécision et l'allongement permanent des délais », affirme-t-il. L’élu relie l’arrivée de nouveaux projets industriels à d’autres besoins d’aménagement, comme les dessertes ferroviaires et routières, le logement, les écoles et les équipements hospitaliers. Il estime que l’État attend les investissements privés tandis que les industriels réclament d’abord des infrastructures garanties.

L’abandon de Carbon renforce la prudence

Parmi les projets annoncés depuis 2023, la giga-usine photovoltaïque Carbon a été abandonnée en mai 2026, sans lien avec d’éventuels besoins électriques. Ce projet prévoyait 1,5 milliard d’euros d’investissement et plus de 3 000 emplois directs à Fos-sur-Mer. Le retrait de Carbon nourrit la réserve du maire face aux annonces industrielles. « On en a tellement vu des projets qui n'ont jamais abouti... », dit Philippe Maurizot, qui ajoute préférer attendre les réalisations concrètes plutôt que de s’en tenir aux montants d’investissement et aux volumes d’emplois annoncés.

Le maire reproche aussi à l’État, « tous gouvernements confondus », l’absence de vision industrielle durable depuis plusieurs décennies. Il rappelle que la zone industrialo-portuaire de Fos ne dispose toujours pas d’un kilomètre d’autoroute pour sa desserte, alors qu’elle concentre 17 sites Seveso et plus de 80 % de l’activité globale du Grand port maritime de Marseille.