Un démonstrateur grandeur réelle testé pendant six mois

La campagne annoncée vendredi par Safran Aircraft Engines doit se dérouler sur le site d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, autour du démonstrateur PHILEAS, un moteur à l’échelle 1 intégrant des technologies d’hybridation électrique. Le programme représente près de 300 heures d’essais au sol sur environ six mois.

Ces essais doivent valider l’intégration et le fonctionnement de briques électriques capables de gérer les flux de puissance entre le moteur et l’avion. Safran les présente comme une étape de maturation avant une éventuelle application aux futures générations de moteurs civils.

RISE vise les futurs monocouloirs d’Airbus et de Boeing

PHILEAS s’inscrit dans le prolongement du démonstrateur technologique RISE, pour Revolutionary Innovation for Sustainable Engines, développé par Safran avec General Electric dans le cadre de CFM International. Lancé en 2021, ce programme a déjà dépassé 500 tests, selon Safran.

L’objectif affiché de RISE est de réduire de 20% la consommation de carburant et les émissions de CO2 des moteurs d’avion à l’horizon 2035. Le démonstrateur combine trois axes technologiques : une architecture open fan sans nacelle de protection, des pales en matériaux composites et une hybridation électrique du moteur et des systèmes de l’avion.

La cible industrielle reste le segment des monocouloirs, avec les familles Airbus A319 et A320 ainsi que les Boeing 737. Ces appareils concentrent les volumes de livraison les plus importants du transport aérien commercial et conditionnent une part majeure des gains d’efficacité attendus sur les futures flottes.

L’hybridation complète d’autres leviers de décarbonation

Les motorisations hybrides électriques sont déjà présentes sur des avions de plus petite taille, mais leur extension aux appareils de grande capacité impose des niveaux de puissance, de masse et de sûreté très différents. Le programme d’Istres vise donc moins une électrification complète de la propulsion qu’un apport électrique destiné à optimiser certaines phases de fonctionnement.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, les émissions directes de CO2 de l’aviation ont atteint près de 950 Mt en 2023, soit plus de 90% du niveau observé avant la crise sanitaire. Dans ce contexte, les gains de rendement moteur viennent compléter les carburants d’aviation durables, l’allègement des appareils et l’optimisation opérationnelle des vols.

L’Association internationale du transport aérien estimait en juin 2026 que la production mondiale de carburants d’aviation durables pourrait atteindre environ 2,4 millions de tonnes cette année, soit 0,8% de la consommation annuelle de kérosène. Cette part encore limitée explique l’intérêt des motoristes pour des solutions d’efficacité applicables aux prochaines générations de réacteurs.

Un soutien public via France 2030

Les essais de PHILEAS bénéficient du soutien de la Direction générale de l’aviation civile dans le cadre de France 2030. Ce dispositif public finance notamment des technologies de rupture destinées à réduire l’empreinte environnementale de l’aéronautique française.

Le site Safran d’Istres est spécialisé dans les essais de réacteurs au sol et en vol, avec des bancs à l’air libre adaptés à des architectures de grande taille. La campagne annoncée doit débuter avant la fin juillet 2026, peu avant l’ouverture du salon aéronautique de Farnborough au Royaume-Uni.