Des eurodéputés menacent le label « vert » de l'UE pour le gaz et le nucléaire

  • AFP
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Des eurodéputés vont tenter mercredi d'opposer leur véto au projet de label "vert" de l'Union européenne pour le gaz et le nucléaire, deux sources d'énergie considérées par Bruxelles comme nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le texte controversé, présenté en janvier par la Commission, classifie comme "durables" certains investissements pour la production d'électricité dans des centrales nucléaires - qui n'émettent pas de CO- ou des centrales au gaz, à condition qu'elles mobilisent les technologies les plus avancées. Et, pour ces dernières, qu'elles permettent de fermer des centrales à charbon bien plus polluantes.

Cette classification (dite taxonomie) doit aider à mobiliser des fonds privés dans ces projets. Elle s'inscrit dans l'objectif de neutralité carbone de l'UE en 2050. Mais la reconnaissance de la contribution du gaz et du nucléaire à la lutte contre le changement climatique, pourtant effectuée sur la base de rapports d'experts, a provoqué la colère d'organisations écologistes qui ont dénoncé une opération de "greenwashing". Le label "vert" était jusqu'ici réservé aux énergies renouvelables.

Dès mardi, des organisations de défense de l'environnement ont manifesté à Strasbourg. Quelque 150 personnes ont défilé vers le siège du Parlement européen, avant un débat en session plénière. "Le nucléaire ne sauvera pas le climat", pouvait-on lire sur une banderole.

Dans l'hémicycle, les anti-gaz ont également donné de la voix. D'autant plus que l'actualité de la guerre en Ukraine, qui a mis en lumière le danger de la dépendance aux hydrocarbures russes, a renforcé l'hostilité de certains élus. "Il n'y a rien de durable dans les énergies fossiles", a estimé l'eurodéputée suédoise Emma Wiesner (groupe Renew, libéral). "Comment pouvons-nous demander aux autres pays de réduire leur utilisation des énergies fossiles si nous les classifions comme vertes? Cela va nuire à l'accord de Paris", a affirmé le Néerlandais Bas Eickhout (Verts).

Le vote, prévu mercredi vers midi (10h00 GMT), s'annonce serré. Le résultat est d'autant plus incertain que le sujet divise au sein même des familles politiques.

Une gifle à la Commission ?

Les eurodéputés devront dire s'ils approuvent ou non une objection, adoptée le 14 juin par les commissions parlementaires Affaires économiques et Environnement, synonyme de véto contre le texte de l'exécutif européen. Un tel rejet, rarissime, serait une gifle pour la Commission européenne.

Les députés de la Gauche radicale, les sociaux-démocrates et les Verts approuveront à une très large majorité l'objection au label "vert" accordé au gaz et au nucléaire. Les libéraux, la droite et l'extrême droite devraient majoritairement le rejeter.

Une majorité absolue de 353 voix est requise pour bloquer le texte de la Commission. "Personne ne dit que le gaz et le nucléaire sont des énergies vertes mais elles sont temporairement indispensables à la transition. Nous devons utiliser tous les outils pour nous passer en priorité du pétrole et du charbon", a plaidé l'eurodéputé français Gilles Boyer (Renew).

La taxonomie de l'UE "donne la priorité aux renouvelables et à l'efficacité énergétique", a rappelé la commissaire aux Services financiers Mairead McGuinness, venue défendre son texte à Strasbourg. Mais l'exécutif européen estime que les énergies renouvelables ne pourront pas à elles seules répondre à la demande croissante d'électricité en raison de leur production intermittente. D'où le besoin, au moins à titre transitoire, de favoriser aussi l'investissement dans des moyens stables et pilotables comme le gaz et le nucléaire.

Le label "vert" à ces deux sources d'énergie a déjà reçu l'aval des États membres. Seuls huit pays, dont l'Allemagne, l'Autriche et le Luxembourg, ont exprimé leur opposition, lors de consultations menées par la présidence française du Conseil de l'UE, loin de la "super-majorité" de vingt pays nécessaire pour bloquer le projet. La France, qui veut relancer sa filière nucléaire, et des pays d'Europe centrale comme la Pologne, qui doivent remplacer leurs centrales à charbon, sont en revanche derrière la Commission.

Un rejet par les eurodéputés risquerait de couler définitivement l'initiative, selon plusieurs connaisseurs du dossier. La Commission devrait alors décider de présenter ou non un texte modifié. En cas de feu vert du Parlement, les opposants ont déjà annoncé un recours devant la justice européenne.

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