Un « pilier complémentaire » de la réduction des émissions

L’élimination du dioxyde de carbone recouvre les procédés visant à retirer du CO2 déjà présent dans l’atmosphère, puis à le stocker durablement dans le sous-sol ou dans des produits à longue durée de vie. Ces solutions peuvent relever de puits naturels renforcés ou de procédés technologiques et ne substituent bien sûr pas aux efforts en matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre.

Lors d’une conférence de presse, Coline Roux, directrice générale de l’AFEN, a décrit l’EDC comme un « pilier complémentaire » de la réduction des émissions. Selon elle, ce levier « est absent du débat public » français, alors que le GIEC a établi dans son sixième rapport d’évaluation, publié en 2022, que l’élimination du CO2 était nécessaire pour compenser les émissions résiduelles difficiles à abattre dans les trajectoires de neutralité.

L’AFEN estime que la France accuse « le retard » sur ce champ industriel et climatique. Coline Roux a jugé que « les aides ne sont pas assez conséquentes et il n’y a pas d’approche coordonnée », en citant notamment l’écart avec des pays comme l’Allemagne.

Des demandes centrées sur la demande, l’innovation et le stockage

Dans son livre blanc, l’association demande l’élaboration d’« une stratégie nationale » dédiée à l’élimination du carbone. Elle plaide aussi pour « la stimulation de la demande de crédits d’élimination », des « incitations financières et des instruments de garantie », ainsi que l’intégration des techniques d’EDC dans un plan d’innovation.

La question des infrastructures occupe une place centrale dans ses recommandations. L’AFEN appelle à « développer les infrastructures de transport et de stockage du CO2 », maillons nécessaires pour les procédés reposant sur un stockage géologique, notamment la bioénergie avec captage et stockage du carbone ou le captage direct dans l’air couplé au stockage.

Le cadre européen commence à se structurer sur la certification. Le règlement (UE) 2024/3012 du 27 novembre 2024 établit un cadre volontaire pour les absorptions permanentes de carbone, le stockage du carbone dans les produits et le stockage agricole du carbone, et rappelle l’objectif européen de 310 millions de tonnes équivalent CO2 de puits nets en 2030 dans le secteur des terres et de la foresterie.

Une articulation encore sensible avec la réduction des émissions

Coline Roux a reconnu l’existence d’un scepticisme autour de ces solutions dans l’opinion publique. « C’est en train de changer, notamment avec l’été qu’on vient de passer, mais il y a un scepticisme de l’opinion publique sur ces solutions, parce qu’on dit +décarbonation d’abord+ », a-t-elle déclaré.

La directrice générale de l’AFEN a rapproché ce débat de celui sur l’adaptation au changement climatique. « C’est un peu le même débat que sur l’adaptation », a-t-elle dit, en estimant que le calendrier climatique ne permettait pas d’attendre la moitié du siècle : « On n’a pas beaucoup le temps, donc on ne peut pas attendre 2050 ».

Dans un document d’orientation publié en 2025, l’AFEN cite une étude de Carbon Gap selon laquelle la France devrait éliminer environ 70 millions de tonnes de CO2 par an en 2050 pour atteindre ses objectifs climatiques. L’association présente ce volume comme un ordre de grandeur justifiant un cadre public spécifique, distinct des seuls dispositifs de réduction des émissions.

Le transport et le stockage du CO2 restent des verrous industriels

La stratégie française de capture, utilisation et stockage du carbone, publiée par l’État en juillet 2024, constitue déjà un document de référence pour la chaîne CCUS, principalement orientée vers la décarbonation industrielle. Le ministère de la Transition écologique a depuis réuni en février 2026 un premier comité de pilotage national consacré à ce déploiement, avec des industriels, des élus locaux et des administrations.

Selon l’Ademe, la feuille de route gouvernementale vise le captage de 4 à 8 millions de tonnes de CO2 par an d’ici 2030. L’agence évalue toutefois les coûts des technologies de captage et stockage à plus de 200 €/t CO2 pour les principaux émetteurs actuels en France, à comparer à un prix des quotas européens d’environ 70 €/t CO2 au début de 2026.