Des médiations réactivées après les frappes

La reprise diplomatique intervient après les frappes les plus intenses enregistrées depuis le 17 juin, date de signature d’un protocole censé installer une sortie durable à la guerre commencée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l’Iran. Les délégations iranienne et américaine avaient ensuite tenu des échanges directs en Suisse, puis des contacts indirects au Qatar, sans avancée annoncée depuis.

Une délégation du Qatar est arrivée vendredi en Iran, selon un média local, afin de redonner une possibilité aux pourparlers. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a indiqué sur X avoir demandé au président iranien Massoud Pezeshkian de préserver une paix « durement gagnée ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé samedi sur X que « Jusqu'à présent, l'Iran a tenu parole », tout en ajoutant qu'il « ne peut y avoir de respect que lorsqu'il est mutuel ». Téhéran a parallèlement démenti une affirmation américaine selon laquelle l’Iran aurait sollicité la poursuite des discussions.

Ormuz reste au centre du bras de fer

Abbas Araghchi a été reçu samedi matin par son homologue omanais Badr al-Busaidi, selon le bureau du ministre iranien, pour discuter du détroit d’Ormuz, partagé entre eaux iraniennes et omanaises. L’Iran, qui avait bloqué ce passage pendant la guerre, maintient désormais un unique couloir de navigation le long de ses côtes.

Téhéran refuse un retour au régime antérieur, dans lequel la traversée du détroit d'Ormuz était gratuite, alors que le droit de la mer prévoit une liberté de navigation « sans entrave ». En 2024, près de 20 millions de barils par jour de pétrole ont transité par ce passage, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers, selon l’Energy Information Administration américaine.

La même agence estime que le Qatar a exporté en 2024 environ 9,3 milliards de pieds cubes par jour de GNL via Ormuz, contre 0,7 milliard pour les Émirats arabes unis, et que 83 % du GNL passé par le détroit a pris la direction de l’Asie. Cette dépendance explique la centralité du blocage du détroit d’Ormuz dans les discussions entre Washington, Téhéran et les États du Golfe.

Washington déclare le cessez-le-feu « terminé »

Le calme revenu sur le terrain n’a pas empêché Donald Trump de déclarer de nouveau que le cessez-le-feu était « terminé », tout en acceptant la poursuite des contacts avec Téhéran. « La République islamique d'Iran nous a demandé de continuer +les discussions+. Nous avons accepté de le faire, mais les Etats-Unis leur ont signifié, en des termes sans équivoque, que le cessez-le-feu était TERMINE! », a écrit le président américain.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne a répondu que Téhéran « n'a fait aucune demande », en annonçant la visite d’Abbas Araghchi à Oman. Washington a mené deux nuits de frappes contre l’Iran à partir de mardi, après avoir attribué à Téhéran des attaques contre trois navires commerciaux.

Le ministère iranien de la Santé fait état de 17 morts et 115 blessés en Iran dans ces frappes. Les États-Unis ont aussi réactivé les sanctions économiques visant le pétrole iranien qui avaient été suspendues par le protocole de juin, une « violation » du cessez-le-feu selon Abbas Araghchi.

Les pays du Golfe visés par des ripostes iraniennes

L’Iran a frappé des pays voisins du Golfe, dont le Koweït, où au moins une personne a été blessée, ainsi que Bahreïn et le Qatar. Selon les médias américains Axios et Politico, Washington a demandé à Téhéran de s’engager publiquement d’ici samedi à cesser les attaques de navires à Ormuz.

Vendredi soir, Donald Trump a accusé l’Iran de chercher à l’assassiner et a menacé de nouvelles destructions. Il a écrit sur Truth Social que « 1.000 missiles sont prêts à tirer et pointés vers la République islamique d'Iran » et que l’armée américaine était prête « pendant une période d'un an, susceptible d'être prolongée, de décimer et de détruire complètement toutes les régions d'Iran ».

La montée des tensions a coïncidé avec les funérailles du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit et inhumé vendredi à Machhad, dans le nord-est de l’Iran. Les États-Unis disent avoir frappé des objectifs militaires, tandis que Téhéran accuse Washington d’avoir touché des infrastructures civiles pour empêcher la population iranienne de se rendre aux obsèques.

Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohammad Bagher Zolghadr, a averti que l’Iran répondrait « à toute attaque » contre ses infrastructures, y compris par des actions contre Israël.