Un avis technique qui ne vaut pas autorisation

Le Conseil de sûreté nucléaire espagnol a annoncé jeudi avoir rendu un avis favorable à la poursuite d’exploitation de la centrale nucléaire d’Almaraz, en Estrémadure, jusqu’en 2030. Le site, détenu par Iberdrola, Endesa et Naturgy, comprend deux réacteurs mis en service au début des années 1980 et constitue la centrale la plus puissante d’Espagne.

Le CSN motive sa position par « la vérification du bon fonctionnement de la centrale » et par « le maintien d'un niveau adéquat de sûreté permettant la poursuite de son exploitation ». L’avis a été transmis au ministère espagnol de la Transition écologique, qui conserve la décision finale et doit se prononcer avant la fin octobre.

L’autorisation actuellement en vigueur, accordée par arrêté ministériel en juillet 2020, fixe l’échéance de l’unité I au 1er novembre 2027 et celle de l’unité II au 31 octobre 2028, selon le Boletín Oficial del Estado. La demande examinée par le CSN vise une exploitation des deux tranches jusqu’au 8 juin 2030, date mentionnée par le régulateur lors de la réception du dossier.

Les propriétaires demandent deux années supplémentaires

Iberdrola, Endesa et Naturgy avaient sollicité à l’automne 2025 une modification du calendrier auprès du gouvernement de Pedro Sánchez. La position du régulateur était attendue par les trois groupes, car elle conditionne juridiquement l’examen politique du dossier par Madrid.

Le collectif citoyen « Sí a Almaraz, Sí al Futuro », mobilisé pour le maintien du site dans une zone d’Espagne marquée par la désindustrialisation, a salué « avec satisfaction » l’avis du CSN. Il demande au gouvernement d’autoriser l’allongement de la durée d’exploitation « afin de mettre fin à l'incertitude ».

L’exécutif de gauche avait jusqu’ici encadré toute prolongation par deux conditions principales. Il exige des garanties de sûreté jugées suffisantes et refuse qu’une extension d’exploitation se traduise par un coût additionnel pour le contribuable.

Almaraz pèse dans le débat sur l’approvisionnement

La centrale d’Almaraz a représenté 7 % de la production nationale d’électricité en 2025, selon les chiffres cités par les autorités espagnoles. Son avenir industriel a pris une dimension plus sensible après la panne électrique majeure d’avril 2025, qui a touché l’Espagne et ravivé les débats sur la sécurité du réseau électrique.

Les professionnels du secteur plaident depuis cet épisode pour reporter le retrait d’Almaraz, en invoquant un risque sur l’approvisionnement. Le gouvernement maintient, à ce stade, l’objectif d’une sortie complète du nucléaire en 2035, avec une substitution progressive par l’éolien, le solaire et les autres énergies renouvelables.

Selon Red Eléctrica, les renouvelables ont fourni 55,5 % de l’électricité produite en Espagne en 2025 hors autoconsommation, contre 19 % pour le nucléaire. L’opérateur du système espagnol indique aussi que près de 10 GW de puissance éolienne et photovoltaïque ont été ajoutés au parc électrique national en 2025.

Un parc nucléaire ramené à cinq centrales

Au pic du programme nucléaire espagnol, dans les années 1980, le pays comptait huit centrales, qui assuraient 38 % de sa production d’électricité. Le parc en fonctionnement se limite désormais à cinq sites et sept réacteurs, pour environ 19 % du mix électrique national selon les données officielles.

Le calendrier de fermeture arrêté en 2019 prévoyait le retrait progressif de l’ensemble des réacteurs espagnols entre 2027 et 2035. Almaraz devait ouvrir cette séquence, avant les arrêts programmés des autres centrales encore exploitées dans le pays.

La décision attendue du ministère de la Transition écologique déterminera si l’avis du CSN modifie effectivement la première étape du calendrier espagnol de sortie de l’atome.