Les exportations saoudiennes sous contrainte maritime
La vulnérabilité de Ryad est d'abord logistique et pétrolière. Le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran a conduit l'Arabie saoudite à déplacer une part importante de ses exportations vers Yanbu, sur la mer Rouge, au moyen d'un oléoduc traversant le royaume.
Cette voie de contournement est désormais exposée à la pression des Houthis. Depuis juillet, le mouvement yéménite a annoncé un blocus maritime visant les navires saoudiens en mer Rouge, où plusieurs bâtiments ont déjà été pris pour cible.
La semaine dernière, les Houthis ont ouvert une offensive au Yémen en direction de la mer Rouge, avec l'objectif de se rapprocher du détroit de Bab el-Mandeb. Ce passage relie l'océan Indien à la Méditerranée via la mer Rouge et le canal de Suez, et constitue l'un des principaux points de passage du commerce énergétique entre l'Asie et l'Europe.
Les flux pétroliers saoudiens se retrouvent « sous pression sur deux fronts » de la péninsule arabique, selon Andreas Krieg, chercheur au King's College. Selon l'Energy Information Administration américaine, le détroit d'Ormuz concentrait encore 20 millions de barils par jour de pétrole et de liquides pétroliers en 2024, soit environ 20 % de la consommation mondiale.
Jizan et Sidi Kerir deviennent des points critiques
L'attaque houthie menée cette semaine sur le territoire saoudien a fait des dizaines de blessés et perturbé l'activité pétrolière du royaume. Les frappes ont notamment visé Jizan, dans le sud-ouest du pays, où se trouvent une grande raffinerie et un terminal d'exportation.
Le complexe de Jazan exploité par Saudi Aramco dispose d'une capacité de traitement allant jusqu'à 400 000 barils par jour, selon les données publiées par le groupe dans son rapport annuel 2024. Cette capacité en fait l'un des actifs industriels importants du dispositif saoudien sur la mer Rouge.
Pour limiter l'exposition de ses cargaisons au sud de la mer Rouge, Ryad utilise davantage l'oléoduc égyptien reliant la mer Rouge à la Méditerranée. Les exportations depuis Sidi Kerir ont plus que doublé en août pour atteindre 2,3 millions de barils par jour, selon Kpler, avec une majorité de volumes constituée de brut saoudien.
L'itinéraire égyptien repose sur les infrastructures de SUMED, entre Ain Sokhna, sur le golfe de Suez, et Sidi Kerir, près d'Alexandrie. Selon les autorités égyptiennes, ces oléoducs s'étendent sur 320 kilomètres et disposent d'une capacité annuelle allant jusqu'à 117 millions de tonnes.
Une riposte directe reste politiquement coûteuse
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhane, a déclaré mardi que l'Arabie saoudite « n'hésitera pas à se défendre ». Anna Jacobs, analyste à l'Arab Gulf States Institute, estime que « la patience de Ryad est clairement en train de s'épuiser » et que « le royaume ne restera pas les bras croisés ».
Les Houthis affirment que l'Arabie saoudite a déjà lancé plusieurs centaines de frappes contre leurs positions, dont plusieurs dizaines jeudi. Ryad n'a pas confirmé ces opérations à ce stade.
Les frappes signalées viseraient surtout les lignes de front, en appui aux forces gouvernementales yéménites, sans cibler directement le centre du pouvoir houthi à Sanaa. La capitale yéménite avait été largement bombardée par la coalition menée par l'Arabie saoudite entre 2015 et la trêve de 2022.
Ahmed Nagi, analyste pour l'International Crisis Group, juge que la monarchie saoudienne « a plusieurs raisons de privilégier une riposte plus graduelle ». Selon lui, Ryad pourrait renforcer les forces gouvernementales yéménites avec « des armements avancés, du renseignement ainsi qu'un soutien défensif et maritime », plutôt que lancer une campagne aérienne prolongée.
Les alliés de Ryad pèsent encore peu dans l'équation
Début août, l'Arabie saoudite a signé avec la Turquie et le Pakistan un pacte de défense comportant une clause d'assistance mutuelle comparable au principe de défense collective de l'Otan. Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a assuré mardi que son pays en « respecterait (les termes) au cas où cela s'avérerait nécessaire ».
Cette « alliance de La Mecque » reste récente. Anna Jacobs estime qu'il est « peu probable qu'il joue un rôle majeur dans la réponse militaire de l'Arabie saoudite face aux Houthis ».
Aziz Alghashian, chercheur au Gulf International Forum, doute également que Ryad prépare « une longue campagne ». Il anticipe une réponse « mesurée », notamment pour empêcher les Houthis d'atteindre de nouvelles zones riveraines du détroit de Bab el-Mandeb.
Le président américain Donald Trump a affirmé fin juillet que les États-Unis réagiraient si les Houthis tentaient de bloquer le trafic maritime en mer Rouge. Washington avait intensifié en mars 2025 ses bombardements contre le mouvement, après des attaques houthies visant en mer Rouge des navires présentés par les rebelles comme liés à Israël, avant l'annonce d'un cessez-le-feu deux mois plus tard.