Faute de demande, le pétrole s'accumule et pourrait saturer les capacités de stockage

  • AFP
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Face à l'effondrement de la demande de pétrole avec la crise du coronavirus, l'or noir s'accumule dans les navires, les citernes et les raffineries, au risque de saturer les capacités de stockage, en particulier aux États-Unis.

Plombée par la paralysie économique due au Covid-19, la demande mondiale de pétrole subira cette année un effondrement "historique" de 9,3 millions de barils par jour (Mb/j), selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les pays producteurs se sont pour leur part montrés dans un premier temps incapables de s'entendre pour réduire leur production, l'Arabie saoudite choisissant même d'ouvrir en grand les vannes. Résultat : le surplus de production est allé gonfler les capacités de stockage dans le monde entier. Les infrastructures de transport, comme les navires, ont été mis à contribution pour conserver de l'or noir dans leurs citernes en attendant des jours meilleurs et les coûts se sont envolés.

Faute d'être consommé, le pétrole doit être mis de côté, au risque de "menacer toute la logistique de l'industrie pétrolière - navires, oléoducs et citernes - dans les prochaines semaines" et de "saturer les capacités de stockage au milieu de l'année", avertit l'AIE. "Compte-tenu de l'énorme déséquilibre actuel, il y a de sérieuses inquiétudes sur le fait que le monde puisse manquer de capacités de stockage", s'inquiétait récemment The Oxford Institute for Energy Studies dans une note.

Les producteurs ont fini par s'entendre : l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés ont conclu un accord portant sur une baisse 9,7 millions de barils par jour en mai et en juin et des réductions de moindre ampleur se poursuivant jusqu'à mi-2022.

Par ailleurs, la Chine, l'Inde, la Corée du Sud ou encore les États-Unis profitent des cours très bas pour gonfler leurs réserves stratégiques, ce qui contribuera également à désengorger le marché. Mais les effets de la réduction de l'offre ne seront pas immédiats ni peut-être suffisants.

Les dernières statistiques de l'Agence américaine d'information sur l'Energie (EIA) montrent que les stocks de pétrole brut aux États-Unis ont récemment gonflé bien plus que prévu, au point de connaître leur plus forte hausse hebdomadaire depuis que ces statistiques sont publiées.

"Les barils vont continuer à s'entasser dans les capacités de stockage à un rythme échevelé ces prochaines semaines" aux États-Unis, prévoient les analystes de RBC Capital Markets. En effet, les arrêts de production de pétrole de schiste ne suffisent pas à compenser la chute de la consommation. "Ainsi, les 15-20 millions de barils de capacités de stockage restantes à Cushing (Oklahoma, site d'un terminal pétrolier géant, NDLR) pourraient être remplies au maximum d'ici quatre à six semaines puis le reste des stockages nord-américains dans les mois qui suivront", mettent en garde les analystes.

"Les États-Unis, en tant que marché enclavé, ont les plus importants problèmes de stockages", a commenté Jasper Lawler, analyste pour London Capital Group. "La demande est tellement inférieure à l'offre que les réserves pourraient déjà avoir atteint 70% à 80% de leurs capacités", a-t-il ajouté.

Toujours surabondant, le brut américain a encore dévissé lundi, passant sous 15 dollars le baril, son plus bas niveau depuis plus de deux décennies.

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