Création d’une « programmation pluriannuelle de l’électrification »
L’organisation professionnelle, qui défend notamment les entreprises de l’éolien et du solaire, propose de diviser par deux la dépendance française aux combustibles fossiles d’ici 2035. Jérémie Almosni, son délégué général, fixe aussi l’ambition de faire de la France la première « électro-puissance européenne ». France Renouvelables demande la création d’une « programmation pluriannuelle de l’électrification », ou PPELEC, distincte dans son pilotage de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Ce document aurait pour cible de ramener la part des énergies fossiles importées à 30 % en 2035, contre environ 60 % aujourd’hui.
Cette feuille de route reposerait sur un conseil national de l’électrification chargé de définir des objectifs par secteur, un calendrier et les moyens associés. L’association veut partir des besoins futurs de l’industrie, des transports, des bâtiments et du numérique pour dimensionner les capacités de production, de réseau, de stockage et de flexibilité.
La PPE 3 publiée par le gouvernement en février 2026 couvre la période 2026-2035 et prévoit une hausse de 40 % de la consommation d’électricité entre 2023 et 2035.
Remplacer progressivement les usages du gaz et du pétrole
Jérémie Almosni estime que le sujet prioritaire n’est plus la décarbonation de la production électrique française, déjà largement bas-carbone. « L'enjeu n'est plus de décarboner la production » d’électricité, a-t-il déclaré, mais « d'utiliser davantage cette électricité pour substituer progressivement les usages aujourd'hui dépendant du gaz et du pétrole ».
La proposition s’inscrit dans un débat déjà structuré par les scénarios de RTE sur l’électrification des usages. Dans son Bilan prévisionnel, le gestionnaire du réseau de transport RTE estime qu’une telle stratégie pourrait réduire d’environ 500 TWh les importations d’énergies fossiles à l’horizon 2035, dont 40 % grâce au basculement vers l’électricité. Selon RTE, la facture énergétique extérieure de la France liée aux énergies fossiles se situe dans un ordre de grandeur de 50 à 70 milliards d’euros par an. France Renouvelables reprend ce registre de souveraineté énergétique pour défendre une accélération conjointe de la demande électrique, des réseaux et des capacités renouvelables.
L’association avance que l’électrification doit être planifiée à partir des usages finaux, et non seulement à partir des moyens de production. Elle cite les besoins de flexibilité, de stockage et de raccordement comme des conditions nécessaires pour absorber davantage de production éolienne et solaire.
Des PPA et des tarifs liés aux périodes de forte production
France Renouvelables appelle à faciliter les contrats d’achat direct d’électricité renouvelable à long terme, les PPA, pour les entreprises et les collectivités. Elle souhaite aussi un accompagnement spécifique des PME-PMI engagées dans la conversion de leurs procédés ou de leurs usages énergétiques vers l’électricité. L’organisation défend des dispositifs tarifaires plus favorables lorsque la production renouvelable est élevée. Cette orientation viserait à inciter les consommateurs à déplacer une partie de leurs consommations vers les heures où l’éolien et le solaire pèsent davantage dans le mix électrique.
Les agriculteurs figurent également dans les propositions, avec l’idée de tarifs « de proximité » adossés à une électricité produite localement. France Renouvelables mentionne notamment l’agrivoltaïsme comme source possible d’électricité territoriale pour ces usages.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a par ailleurs estimé en septembre 2026 que la poursuite du développement des énergies renouvelables restait pertinente du point de vue du consommateur dans le système électrique hexagonal.
Une initiative européenne inspirée de la CECA
France Renouvelables propose que la France porte une « Communauté européenne de l’électrification », présentée comme un équivalent contemporain de la Communauté européenne du charbon et de l’acier des années 1950. L’objectif affiché serait de donner une cohérence européenne à la sortie des énergies fossiles et à la souveraineté énergétique. Cette proposition intervient alors que la Commission européenne a présenté en juillet 2026 un plan visant à faire de l’Europe le premier continent électrifié. Bruxelles relie cette orientation à la réduction de la dépendance énergétique de l’Union européenne aux combustibles fossiles.
France Renouvelables affirme qu’un développement plus soutenu de l’éolien et du solaire pourrait abaisser d’environ 8 % le prix moyen de marché de l’électricité en 2035. L’association chiffre cet effet potentiel à près de 900 millions d’euros d’économies annuelles pour les Français. Elle évalue les emplois des filières renouvelables électriques à plus de 90 000 en France. Selon l’organisation professionnelle, ce total pourrait approcher 175 000 emplois en 2035 si l’électrification de l’économie s’accélérait.