Des zones intégrées pour transformer sur place
À 51 ans, Gagan Gupta, fondateur de la holding panafricaine Arise, défend un modèle centré sur la transformation locale des ressources africaines. Lors d’un passage à Paris entre l’Afrique et Dubaï, où il réside, l’homme d’affaires a estimé que « l’industrie africaine va exploser d’ici 5 à 7 ans » sous l’effet de la croissance démographique.
Son implantation africaine débute au Gabon en 2008, lorsqu’il prend la direction de la filiale locale du groupe agroalimentaire singapourien Olam. Deux ans plus tard, il lance à Nkok une zone économique spéciale de 1 000 hectares destinée à transformer le bois, ressource alors largement exportée à l’état brut.
Le principe mis en avant par Gupta consiste à associer infrastructures industrielles, logistique, fiscalité allégée et partenariats public-privé pour attirer des investisseurs. Arise Integrated Industrial Platforms, l’une des entités du groupe, affirme que « près de 100.000 personnes travaillent aujourd’hui sur les zones économiques » qu’elle opère.
Le textile béninois sert de vitrine industrielle
Au Bénin, Arise a accompagné le développement de la zone industrielle de Glo-Djigbé, conçue pour capter davantage de valeur dans une économie productrice de coton. Le site regroupe des activités de filature, de tissage, de teinture et de tricotage afin de fabriquer des vêtements finis plutôt que d’exporter uniquement la fibre.
Les premiers vêtements produits à Glo-Djigbé ont été exportés en 2024 pour l’enseigne française Kiabi, puis pour d’autres marques étrangères, dont US Polo. Cette stratégie vise un marché régional où l’Afrique subsaharienne importe plus de 30 milliards de dollars de textile par an, selon les chiffres cités par Gupta.
L’homme d’affaires estime que la substitution d’une partie de ces importations par une production locale pourrait créer « jusqu’à 10 millions d’emplois ». Arise cherche à décliner cette chaîne textile dans d’autres pays africains, notamment au Togo, au Nigeria et au Kenya.
Un modèle financé par des capitaux internationaux
Arise IIP revendique près de 2 milliards de dollars d’investissements cumulés. Le 10 septembre 2025, Africa Finance Corporation a annoncé une levée de fonds de 700 millions de dollars pour Arise IIP, avec l’entrée au capital du saoudien Vision Invest aux côtés d’AFC, d’Equitane et de FEDA, la plateforme d’impact d’Afreximbank.
Les zones économiques spéciales se sont multipliées sur le continent africain en s’inspirant d’expériences asiatiques. Un papier de recherche de l’Agence française de développement publié en juillet 2025 recensait plus de 230 zones dans 43 pays africains, à partir de données couvrant l’année 2023.
Julien Gourdon, économiste à l’Agence française de développement et coauteur de ces travaux, juge que les ZES peuvent aider les entreprises africaines à diversifier leurs débouchés et à produire des biens plus sophistiqués. Il souligne toutefois que leur performance reste parfois difficile à mesurer, en particulier pour l’emploi local, et que leur durée dépend aussi des relations entretenues avec les pouvoirs en place.
Critiques, mines et batteries électriques
Le modèle défendu par Gupta suscite aussi des critiques liées aux avantages fiscaux et aux procédures administratives simplifiées accordés aux investisseurs, qui peuvent réduire les recettes immédiates des États. Arise a démenti à plusieurs reprises des accusations de fraude ou de corruption dans l’attribution de marchés publics, notamment au Gabon et au Tchad.
Interrogé sur ses relations avec les autorités africaines, Gupta répond : « Quel investisseur prêt à engager un milliard de dollars en France ou ailleurs n’y rencontrerait pas les autorités ? Pourquoi ce serait différent en Afrique ? ». Il affirme n’avoir aucun lien familial avec les frères Gupta, accusés de détournements massifs de fonds publics en Afrique du Sud.
Le groupe poursuit aussi son expansion dans les minerais à travers Africa Middle Metal Processing Platform, avec des projets portant notamment sur le fer au Gabon, la bauxite au Cameroun et l’or au Mali. Dans l’énergie, Gupta développe Spiro, spécialisée dans les motos électriques, et affirme que des usines au Nigeria et au Kenya doivent produire des batteries lithium-ion, aujourd’hui fabriquées en Chine.