Une demande américaine avant la réunion européenne

La Commission européenne et les États membres doivent se réunir vendredi matin pour examiner une réponse commune à la flambée du gazole, a indiqué jeudi soir une porte-parole de l’exécutif européen. Elle n’a pas précisé si cette concertation visait directement la demande américaine de mise sur le marché de volumes supplémentaires.

Le ministre américain des Finances Scott Bessent a appelé sur X les partenaires européens de Washington à « accélérer la mise en oeuvre de leurs engagements existants » et à fournir sans délai davantage de carburant afin de répondre aux tensions actuelles. Son homologue à l’Énergie, Chris Wright, a déclaré sur Fox News que « l’Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation ».

Chris Wright a plaidé pour une libération coordonnée de stocks de diesel avant l’hiver. Donald Trump a tenu une ligne moins catégorique lors d’un déplacement au Texas, en indiquant qu’il « pourrait » demander aux Européens d’utiliser leurs réserves de gazole.

Les stocks stratégiques au centre du bras de fer

Selon des informations de presse, l’administration américaine souhaite que plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, injectent sur le marché du gazole issu de leurs réserves stratégiques, comme cela a déjà été fait pour le pétrole brut. Washington menacerait, en cas de refus, d’interdire les exportations américaines de diesel.

Une interdiction d’exporter du gazole constituerait une « mauvaise surprise », a réagi le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic. Présent aux États-Unis pour le G20 Commerce, il a averti qu’une telle mesure aurait des « conséquences très lourdes » pour l’économie européenne, sans confirmer que Washington avait formellement transmis cette menace.

Le représentant américain au commerce Jamieson Greer a estimé, après les réunions du G20, qu’il existait entre Washington et ses partenaires européens une « volonté des deux côtés de travailler ensemble » pour sortir de la crise. Le ministre français du Commerce extérieur Nicolas Forissier a répondu qu’« on ne peut pas prétendre avoir un dialogue et ensuite avoir des décisions ou des mesures qui soient brutales ou en tout cas ne reposent pas sur un consensus issu d’un dialogue ».

L’Élysée a indiqué qu’Emmanuel Macron devait organiser « prochainement » une réunion des dirigeants du G7, notamment sur « la coordination sur la libération des stocks au niveau du G7 en lien avec l’Agence internationale de l’énergie ». Dans l’Union européenne, les États membres doivent conserver des stocks pétroliers d’urgence équivalant à au moins 90 jours d’importations nettes ou 61 jours de consommation, selon le cadre européen en vigueur.

Des prix records des deux côtés de l’Atlantique

Le prix à la pompe du gazole dans l’Union européenne a atteint 2,24 euros le litre en moyenne hebdomadaire, un sommet historique selon une compilation des données nationales publiée jeudi par la Commission européenne. Aux États-Unis, l’association automobile AAA a relevé un record de 6,5276 dollars par gallon le 22 septembre, avant un reflux à 6,3895 dollars par gallon au 1er octobre.

Scott Bessent a jugé que « les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d’une pénurie mondiale de diesel ». Les raffineries américaines, comme celles d’autres régions, fonctionnent à haut niveau pour convertir le brut en essence et en gazole, mais le marché reste privé de volumes importants de carburants.

Les tensions d’approvisionnement sont alimentées par les frappes ukrainiennes contre des raffineries russes et par le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui perturbe les flux pétroliers et de produits raffinés. Donald Trump insiste surtout sur les effets des attaques menées par Kiev et met moins en avant les perturbations liées à la guerre engagée par Washington contre Téhéran.

Le président américain s’était brièvement montré favorable à une suspension temporaire des exportations de gazole, une option défendue par certains élus républicains. Il n’a pas réaffirmé récemment son soutien à cette mesure, jugée risquée par une partie de ses conseillers, mais n’a pas non plus levé explicitement cette menace.