Une réunion d’urgence autour des prix à la pompe
La Commission européenne et les gouvernements des Vingt-Sept doivent échanger vendredi matin sur la crise du gazole. Jeudi soir, une porte-parole de l’exécutif européen a indiqué que Bruxelles cherchait à « remédier » au niveau élevé des carburants.
Selon une agrégation de données nationales réalisée par la Commission, le prix moyen hebdomadaire du gazole dans l’Union européenne a atteint 2,24 euros par litre à la pompe, un record. Le Bulletin pétrolier hebdomadaire de la Commission, pour les prix du 28 septembre 2026, situe précisément cette moyenne pondérée à 2,237 euros par litre, taxes comprises.
Washington presse l’Europe d’utiliser ses réserves
Les États-Unis demandent aux Européens de mobiliser leurs stocks de gazole afin de détendre un marché sous tension. Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a écrit sur X que « Nos partenaires européens devraient accélérer la mise en oeuvre de leurs engagements existants et mettre immédiatement à disposition des volumes supplémentaires afin de remédier aux perturbations actuelles ».
Le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright a déclaré à Fox News que « l’Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation ». Selon lui, « Il est temps de procéder à une mise sur le marché coordonnée des stocks de diesel » avant l’hiver.
Donald Trump a adopté une formulation moins directe lors d’un déplacement au Texas. Le président américain a dit jeudi qu’il « pourrait » demander aux Européens de puiser dans leurs réserves de gazole.
La menace d’un blocage des exportations inquiète Bruxelles
Selon des informations de presse, l’administration américaine souhaiterait que plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, libèrent du gazole issu de leurs réserves stratégiques, comme cela a déjà été pratiqué pour le pétrole brut. Faute de réponse européenne, Washington menacerait d’interdire les exportations américaines de diesel.
Le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic a jugé qu’un arrêt des livraisons de ce carburant, essentiel au transport routier et à l’agriculture, constituerait une « mauvaise surprise ». Présent aux États-Unis pour une réunion du G20 consacrée au commerce, il a averti qu’une telle mesure aurait des « conséquences très lourdes » pour l’économie européenne, sans confirmer l’existence d’une menace formelle de Washington.
Le représentant américain au commerce Jamieson Greer, également présent au G20, a évoqué une « volonté des deux côtés de travailler ensemble » pour sortir de la crise. Le ministre français du Commerce extérieur Nicolas Forissier a toutefois prévenu auprès de l’AFP : « Ce qui est certain c'est qu'on ne peut pas prétendre avoir un dialogue et ensuite avoir des décisions ou des mesures qui soient brutales ou en tout cas ne reposent pas sur un consensus issu d'un dialogue ».
Stocks stratégiques et tensions sur le raffinage
L’Élysée a indiqué qu’Emmanuel Macron doit convoquer « prochainement » les dirigeants du G7 pour traiter notamment de « la coordination sur la libération des stocks au niveau du G7 en lien avec l'Agence internationale de l'énergie ». Le cadre européen impose aux États membres de maintenir des stocks pétroliers d’urgence équivalant au minimum à 90 jours d’importations nettes quotidiennes moyennes ou à 61 jours de consommation intérieure quotidienne moyenne, selon la directive européenne sur les stocks pétroliers.
La Commission européenne avait indiqué le 29 septembre que l’approvisionnement de l’UE restait stable à ce stade, malgré des prix élevés pour le gazole et le carburéacteur. Elle relevait aussi que les stocks commerciaux du hub Amsterdam-Rotterdam-Anvers se situaient sous leur moyenne sur cinq ans, tandis que les raffineries européennes fonctionnaient à un niveau proche de leur capacité maximale.
La production mondiale de diesel est fortement pénalisée par les attaques ukrainiennes visant les infrastructures énergétiques russes et par le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Hors des zones les plus affectées, les raffineries tournent déjà à plein régime pour convertir le brut en carburants.
Aux États-Unis, le gazole a atteint fin septembre un record de 6,53 dollars par gallon, soit 3,78 litres, selon l’association automobile américaine AAA. « Les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de diesel », a estimé jeudi Scott Bessent.