Bruxelles privilégie une réponse collective
La Commission européenne a indiqué vendredi qu'elle « rejette catégoriquement » une éventuelle interdiction des exportations américaines de gazole vers l'Union européenne. La porte-parole de la Commission Anna-Kaisa Itkonen a averti qu'une telle mesure « porterait atteinte à notre confiance dans les États-Unis en tant que partenaire fiable ».
Washington demande aux Européens de mobiliser leurs stocks d'urgence de gazole afin d'alléger la tension sur le marché mondial. Selon des diplomates, une première réunion d'experts européens a examiné vendredi matin une proposition française visant à utiliser une partie de ces réserves.
La Commission affirme rester disposée à participer à une action commune avec l'Agence internationale de l'énergie. L'AIE avait annoncé le 11 mars que ses 32 pays membres mettraient à disposition 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves d'urgence pour répondre aux perturbations du marché pétrolier liées au conflit au Moyen-Orient.
Paris cherche une coordination au niveau du G7
Emmanuel Macron s'est entretenu dans la nuit de jeudi à vendredi avec Donald Trump sur les tensions entourant le gazole. Le président français « a souligné que les pays du G7 avaient un intérêt commun à agir de manière concertée, sans restriction aux exportations », selon l'Élysée.
Le chef de l'État a également échangé avec le Premier ministre canadien Mark Carney. La présidence française indique que Macron « entend réunir dans les meilleurs délais une visioconférence des dirigeants du G7 pour assurer la coordination des mesures à prendre ».
Bruxelles a évoqué la possibilité d'un appel entre dirigeants vendredi après-midi pour poursuivre les discussions. La Commission refuse toutefois que le débat sur les stocks s'accompagne d'une menace de restriction unilatérale des flux américains de carburants.
« L'Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation », selon Washington
Les responsables américains estiment que l'Europe doit accélérer l'utilisation des engagements déjà pris. Le ministre américain des Finances Scott Bessent a écrit sur X que les partenaires européens devraient « accélérer la mise en œuvre de leurs engagements existants et mettre immédiatement à disposition des volumes supplémentaires afin de remédier aux perturbations actuelles ».
Le ministre américain de l'Énergie Chris Wright a déclaré sur Fox News que « l'Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation ». Il a ajouté qu'« il est temps de procéder à une mise sur le marché coordonnée des stocks de diesel » avant l'hiver, dans un contexte où Donald Trump avait seulement indiqué jeudi qu'il « pourrait » demander aux Européens d'utiliser leurs réserves.
Une interruption des flux américains exposerait fortement l'Union européenne, les États-Unis représentant 50 % du gazole importé par les Vingt-Sept. Les attaques ukrainiennes contre des infrastructures énergétiques russes et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran pèsent sur la production de gazole, malgré des raffineries mobilisées à pleine capacité dans d'autres régions. Dans l'UE, la moyenne hebdomadaire du prix à la pompe du gazole a atteint 2,24 euros le litre, d'après la compilation des données nationales publiée jeudi par la Commission européenne. Aux États-Unis, l'association automobile AAA a mesuré fin septembre un record de 6,53 dollars le gallon, soit 3,78 litres.
La pression énergétique se répercute sur l'inflation
Eurostat estime que l'inflation annuelle de la zone euro a atteint 3,8 % en septembre, contre 3,2 % en août. L'énergie affiche la contribution sectorielle la plus marquée, avec une hausse annuelle estimée à 18,8 % en septembre sur le périmètre de la zone euro.
Scott Bessent a jugé jeudi que « les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de diesel ». Cette ligne américaine intervient alors que le gazole alimente directement le transport routier, l'agriculture et une partie des chaînes logistiques industrielles.
La Commission européenne avait déjà proposé mardi de reporter d'un an l'application de sa législation sur les émissions de méthane, un gaz à effet de serre à fort pouvoir réchauffant. Ce texte était contesté par les États-Unis et par les grands groupes d'hydrocarbures, tandis que son report probable provoque l'opposition des organisations environnementales.