Paris veut éviter une réponse dispersée

Le président français a échangé dans la nuit avec Donald Trump sur les tensions qui affectent le marché du gazole. Selon l'Élysée, Emmanuel Macron a insisté auprès du président américain sur l'intérêt commun des pays du G7 à répondre de façon coordonnée, sans recourir à une restriction aux exportations.

La présidence française indique également qu'Emmanuel Macron s'est entretenu avec le Premier ministre canadien Mark Carney. Paris souhaite organiser rapidement une visioconférence des dirigeants du G7 afin de coordonner les mesures envisagées.

À Bruxelles, la Commission européenne a réuni vendredi matin des experts des Vingt-Sept pour tenter d'aligner les positions européennes. Selon des informations de presse, Washington demande notamment à la France et à l'Allemagne de mobiliser leurs stocks d'urgence de gazole et agite la possibilité d'une interdiction des exportations américaines vers l'Union européenne en cas de refus.

Washington presse les Européens de libérer des stocks

Les États membres de l'Agence internationale de l'énergie, dont plusieurs pays de l'Union européenne, avaient promis en mars de mettre progressivement sur le marché 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques. La Commission européenne avait indiqué le 31 mars que les pays de l'UE contribuaient à environ 20 % de cette action collective coordonnée par l'AIE.

Scott Bessent, le ministre américain des Finances, a demandé sur X aux partenaires européens d'accélérer leurs engagements existants et de rendre immédiatement disponibles des volumes supplémentaires face aux perturbations actuelles. Chris Wright, le ministre américain de l'Énergie, a déclaré à Fox News qu'une mise sur le marché coordonnée des stocks de diesel était nécessaire à l'approche de l'hiver.

Donald Trump avait adopté jeudi une formulation moins catégorique lors d'un déplacement au Texas, en indiquant qu'il pourrait demander aux Européens de puiser dans leurs réserves de gazole. Le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic, présent aux États-Unis pour le G20 Commerce, a averti qu'une interdiction des livraisons américaines aurait des conséquences très lourdes pour l'économie européenne, sans confirmer que cette menace avait été formellement adressée à Bruxelles.

Le diesel devient un point de vulnérabilité pour l'UE

Une rupture des flux américains fragiliserait fortement les Vingt-Sept, car la moitié du gazole importé par l'Union européenne provient des États-Unis. Ce carburant reste central pour le transport routier, l'agriculture et une partie des chaînes logistiques industrielles.

La Commission européenne avait indiqué le 8 septembre que l'approvisionnement de l'UE en diesel et en carburant aérien restait assuré grâce à une production accrue des raffineries européennes et à des fournitures alternatives sur les marchés mondiaux. Le même communiqué précisait que les stocks commerciaux et d'urgence restaient à un niveau suffisant, tout en signalant un risque de tension supplémentaire pendant l'automne et l'hiver.

Les attaques ukrainiennes contre des infrastructures énergétiques russes et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran pèsent sur la disponibilité mondiale de gazole. Les raffineries situées hors des zones directement affectées tournent à plein régime pour convertir le pétrole brut en carburants, mais cette hausse d'activité ne suffit pas à détendre les prix.

Des prix records alimentent la pression politique

Dans l'Union européenne, le prix à la pompe du gazole a atteint une moyenne hebdomadaire de 2,24 euros le litre, d'après une compilation des données nationales publiée jeudi par la Commission européenne. Aux États-Unis, le gazole a touché fin septembre un record de 6,53 dollars le gallon, soit 3,78 litres, selon l'association automobile américaine AAA.

La hausse de l'énergie contribue aussi à la reprise de l'inflation européenne. Dans la zone euro, l'indice des prix a atteint 3,8 % en septembre, son plus haut niveau depuis trois ans, sous l'effet de la flambée énergétique liée au conflit au Moyen-Orient.

Scott Bessent a estimé jeudi que les agriculteurs, transporteurs routiers et entreprises américaines ne devaient pas supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de diesel. Mardi, la Commission européenne avait déjà proposé de repousser d'un an sa loi contre les émissions de méthane, un texte combattu par les États-Unis et par les grands groupes d'hydrocarbures, dont le report probable suscite l'indignation des organisations environnementales.