"On est assommés": à Belfort, les salariés de General Electric (GE) exprimaient mardi leur désarroi après l'annonce par le groupe américain de la suppression envisagée de plus d'un millier de postes en France.
Comme un signe, peu après l'annonce de ces suppressions d'emplois qui frapperont principalement Belfort, le ciel, déjà plombé, s'est mis à déverser une lourde pluie sur la cité industrielle.
Depuis plusieurs mois, les salariés se doutaient que GE préparait un plan social. Le chiffre de 800 suppressions d'emplois sur leur site avait même circulé. Mais la confirmation officielle de cette coupe claire et de son ampleur en a étonné plus d'un.
Mardi, à la mi-journée, rares étaient ceux qui s'attardaient devant l'imposante Porte de la Découverte, principal accès aux usines de GE Belfort.
Plus rares encore, ceux qui ont accepté de communiquer leur identité : "je préfère garder l'anonymat, vu le contexte...", a glissé un salarié, interrogé par l'AFP. "C'est catastrophique pour la région et c'est dommage pour le savoir faire, déjà que les compétences techniques se perdent...", a-t-il soupiré.
"On n'est pas surpris, la question était de savoir combien" de postes allaient être concernés, lâche, fataliste, cet autre anonyme, employé dans les fonctions support, secteur moins touché que l'entité turbines à gaz qui emploie 1.900 des 4.300 salariés GE de Belfort.
Celle-ci va payer le prix fort : selon les détails du projet dévoilés par un porte-parole de GE mardi, jusqu'à 792 suppressions de postes sont envisagées dans cette entité, 252 dans celle dédiée aux fonctions supports.
- "Guerre économique" -
"On était déjà surchargés de travail, il y avait des problèmes d'inefficacité dans l'organisation depuis qu'on a enlevé (ces dernières années) les fonctions décisionnelles à Belfort" pour les répartir ailleurs dans le groupe, peste ce salarié.
Sébastien ne travaille pas dans l'entité gaz mais dans un secteur visé par une procédure de rupture conventionnelle collective (RCC), lancée en début d'année par GE dans sa division énergie.
Lui se dit "surpris par la rapidité de l'annonce après l'élection européenne", au surlendemain du scrutin, et avance, un brin résigné, que "tout était préparé et négocié d'avance" entre le gouvernement et General Electric.
"On est assommés", souffle Thierry qui redoute que les conséquences de ces suppressions de postes sur la ville de Belfort : "avec ces départs, les commerçants vont souffrir", prévient-il.
Depuis que l'hôpital a quitté la ville en 2016 pour s'installer en périphérie, "les commerçant ont (déjà) noté une baisse d'activité", note Thierry.
"On est dans une guerre économique avec les Etats-Unis, c'est un acte de guerre", assène-t-il encore, disant redouter qu'à terme "tout ne soit ramené aux Etats-Unis", à Greenville, siège de GE.
Cet autre salarié croisé devant le site l'assure : "on a conseillé aux managers de rentrer chez eux avec leur ordinateur portable, la direction craint que le site ne soit bloqué..."
Dans un message interne dont l'AFP a pris connaissance, la direction du site annonce des "mesures d'accompagnement social et psychologiques" pour les salariés comme la création de "groupes de parole".
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