La contrainte thermique met trois réacteurs à l’arrêt

La vague de chaleur en cours a conduit EDF à maintenir lundi 13 juillet trois réacteurs hors production à Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, au Bugey, dans l’Ain, et à Chooz, dans les Ardennes. Le groupe a indiqué que l’unité 2 de Chooz avait été arrêtée préventivement samedi 11 juillet à 0 h 08, après une baisse du débit de la Meuse à 21,3 m3/s, tout en précisant que 6,3 m3/s suffisent au refroidissement des réacteurs du site.

Ces arrêts illustrent une vulnérabilité opérationnelle connue du parc nucléaire français, composé de 57 réacteurs. Les installations doivent disposer en permanence d’une « source froide », fleuve, rivière ou mer, afin d’évacuer la chaleur des circuits de refroidissement.

En cas de canicule ou de sécheresse, la température élevée de l’eau et la faiblesse des débits peuvent imposer des réductions de puissance, voire des arrêts, pour respecter les limites de rejets thermiques et préserver les milieux aquatiques. EDF doit aussi suspendre certains rejets d’effluents chimiques ou faiblement radioactifs lorsque les conditions hydrologiques ne permettent plus leur dispersion dans les limites réglementaires.

La directrice Impact d’EDF, Carine de Boissezon, a résumé l’enjeu lors d’une présentation à la presse en juin sur le site de recherche et développement de Chatou, dans les Yvelines : « Si nous ne sommes pas résilients, le reste de l’économie ne l’est pas. Et, plus on va s’électrifier, plus la pression sera forte sur nous ».

Le refroidissement devient un poste prioritaire d’adaptation

Le nucléaire représente environ 68 % de la production d’électricité française, tandis que les barrages en fournissent près de 8 %. Selon RTE, la production nucléaire en France métropolitaine a atteint 373,0 TWh en 2025, soit 68,1 % de la production électrique nationale cette année-là.

Les effets climatiques restent, à ce stade, limités sur le volume annuel produit par les réacteurs, avec une perte moyenne évaluée à 0,3 % par EDF. Le groupe anticipe toutefois une aggravation de cet effet, à 1,4 % en moyenne à l’horizon 2035, puis 1,5 % en 2050.

Le refroidissement des centrales électriques constitue la troisième source de consommation d’eau douce en France, avec 12 % du total, derrière l’agriculture et l’eau potable. Les centrales en circuit ouvert peuvent restituer jusqu’à 100 % de l’eau prélevée au milieu naturel, mais EDF estime que l’échauffement aval peut atteindre 4 à 6 °C en période d’étiage.

Les réacteurs équipés de tours aéroréfrigérantes restituent environ 77 % de l’eau prélevée, avec un échauffement limité à quelques dixièmes de degré, le solde étant évaporé. EDF étudie l’ajout d’aéroréfrigérants dits de purge, déjà présents à Civaux, afin de ramener presque à zéro l’échauffement des cours d’eau ; le Bugey figure parmi les sites envisagés.

EDF augmente ses budgets et ses capacités de stockage

EDF consacre actuellement 150 millions d’euros par an à l’adaptation climatique. Le groupe prévoit de porter cette enveloppe à 600 millions d’euros par an d’ici quinze ans, à comparer aux 25 milliards d’euros d’investissements annuels programmés au total par l’entreprise.

La Cour des comptes a demandé en 2024 aux exploitants nucléaires et hydroélectriques d’« intensifier leurs actions d’adaptation », avec une attention particulière à la contrainte croissante sur la ressource en eau. L’institution soulignait que les investissements déjà engagés ne dispensaient pas d’une planification plus poussée face aux épisodes extrêmes.

Lorsque les fleuves sont trop bas, EDF stocke temporairement dans des bacs les eaux industrielles contenant des effluents liquides faiblement radioactifs et des effluents chimiques. Le groupe juge ces capacités suffisantes à ce stade, mais prévoit d’en ajouter dans les dix à vingt prochaines années pour répondre à des étiages appelés à devenir plus longs et plus secs.

La centrale de Civaux doit être équipée dès cet été de capacités supplémentaires de récupération de ces effluents. Cette solution vise à attendre le retour d’un débit compatible avec les prescriptions de rejet, sans transformer une contrainte ponctuelle sur le fleuve en indisponibilité prolongée.

Les barrages sont adaptés aux sécheresses et aux crues

Dans l’hydroélectricité, EDF évalue à 0,2 % la baisse annuelle de production déjà liée au changement climatique. Laurent Bellet, responsable climat et adaptation à EDF Hydro, souligne cependant que la variabilité hydrologique pèse davantage sur l’exploitation : « entre une année très sèche et une année très humide, on peut avoir plus ou moins 20 TWh d’écart », pour une production moyenne annuelle d’environ 40 TWh.

EDF prévoit 4,5 milliards d’euros d’investissements d’ici 2035 pour moderniser ses ouvrages hydroélectriques et accroître leur puissance. Ces dépenses doivent aussi permettre de mieux exploiter les apports d’eau disponibles lorsque les conditions sont favorables, tout en renforçant la sûreté des infrastructures.

Une dizaine d’ouvrages ont déjà été équipés d’évacuateurs de crues en forme de « touches de piano ». Cette technologie augmente la capacité d’évacuation d’un facteur de 3 à 4, afin de mieux gérer les épisodes de fortes précipitations et les crues susceptibles d’accompagner le réchauffement climatique.