Une usine reprise à McPhy dans le Territoire-de-Belfort

Le stack présenté vendredi 10 juillet à Foussemagne, dans le Territoire-de-Belfort, constitue le cœur de l’électrolyseur. Ce cylindre de sept mètres de long, deux mètres de diamètre et 5 MW de puissance doit encore passer une campagne d’essais en Allemagne avant une commercialisation espérée à la fin de l’année.

L’usine, récemment mise en service, emploie une trentaine de salariés. John Cockerill Hydrogen l’a reprise en 2025 à McPhy, start-up française alors en difficulté, afin d’y développer la production de sa nouvelle génération d’électrolyseurs alcalins pressurisés.

À terme, la direction vise une cadence annuelle de 200 appareils pour servir les « gros marchés industriels », notamment les raffineries et la pétrochimie, a indiqué le directeur général Nicolas de Coignac. Le groupe affirme disposer de « 800 mégawatts de carnets de commande », après avoir notamment remporté un contrat important en Inde à la fin de 2024.

Un stack de 5 MW conçu pour réduire les coûts

L’électrolyse consiste à dissocier les molécules d’eau sous l’effet d’un courant électrique afin de produire de l’hydrogène et de l’oxygène. L’hydrogène est qualifié de « vert » lorsque l’électricité utilisée provient d’énergies renouvelables.

Le modèle fabriqué près de Belfort utilise des cellules en polymères. Selon Nicolas de Coignac, cette conception le rend moins sensible à la corrosion que les générations métalliques précédentes, allonge sa durée de vie et réduit son coût de 10 à 15%.

John Cockerill Hydrogen présente dans sa documentation technique un stack alcalin pressurisé de 5 MW capable de produire jusqu’à 1 000 Nm3 d’hydrogène par heure. Cette puissance unitaire vise des usages industriels concentrés, pour lesquels la taille des installations conditionne le coût de production et l’intégration aux sites existants.

La demande industrielle reste le verrou principal

L’hydrogène produit par électrolyse est destiné à remplacer l’hydrogène d’origine fossile dans des procédés difficiles à électrifier directement. Les débouchés cités couvrent les raffineries, l’ammoniac utilisé pour les engrais, la mobilité routière, la sidérurgie ainsi que les carburants de synthèse pour l’aérien et le maritime.

La demande mondiale d’hydrogène a dépassé 100 millions de tonnes en 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie. La quasi-totalité de cette consommation reste liée à des procédés émetteurs de gaz à effet de serre, pour des usages principalement concentrés dans le raffinage et l’industrie chimique.

Selon l’AIE, la capacité mondiale d’électrolyse installée a doublé en 2025 pour dépasser 4 GW, portée notamment par la mise en service de grands projets en Chine. Le chercheur Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste de géopolitique de l’hydrogène à l’Université du Québec à Trois-Rivières, estime que la filière a désormais besoin d’une accélération de la demande.

La Chine accélère plus vite que l’Europe

La Chine représente 30% de la consommation mondiale d’hydrogène, contre 7% pour l’Europe, selon Mikaa Blugeon-Mered. Le chercheur décrit une « vraie accélération » chinoise, avec une filière intégrée au 15e plan quinquennal parmi six « technologies piliers ».

Les achats chinois d’électrolyseurs ont plus que quadruplé entre 2024 et 2025, précise le même expert. Cette dynamique soutient les fabricants capables de livrer des stacks de grande puissance et de répondre à des appels d’offres industriels de taille importante.

Les perspectives européennes apparaissent plus lentes, selon Mikaa Blugeon-Mered, en raison de négociations réglementaires prolongées et de difficultés de transposition nationale de certaines règles européennes. Il cite notamment les dispositions imposant l’usage d’hydrogène électrolytique dans les carburants aérien et maritime, qui ne sont toujours pas en vigueur en France selon son analyse.