Un permis gelé avant le jugement au fond
Le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu l'autorisation de construire accordée à Sesterce, dans l'attente d'une décision sur le fond. L'ordonnance retient notamment le risque « de produire des effets dommageables sur l'environnement », qui aurait dû être examiné avant la délivrance du permis.
Le permis avait été signé le 18 décembre 2025 par le maire d'Alixan, dans la Drôme. Il visait le site de Rovaltain, à proximité immédiate de la gare TGV de Valence, pour un centre de données destiné à l'intelligence artificielle d'une puissance initiale de 40 MW, avec une extension possible à 80 MW.
La société concernée est Sesterce, start-up marseillaise positionnée sur les infrastructures de calcul. La suspension ne vaut pas annulation du permis, mais elle bloque le projet tant que le tribunal administratif n'a pas statué sur la légalité de l'autorisation.
L'absence d'étude d'impact concentre le contentieux
Le collectif Assez Datacenters Rovaltain, composé de riverains et d'associations dont Les Amis de la Terre et Attac, avait saisi le tribunal en faisant état de risques environnementaux et de nuisances « extrêmement élevés ». Les requérants contestent en particulier l'absence d'étude environnementale préalable.
Selon le collectif, le projet pourrait générer des nuisances sonores et contribuer à une hausse des températures dans un rayon de 200 mètres autour du site. Le juge relève que l'exploitation de tels équipements « nécessite d'importantes capacités d'alimentation électrique » ainsi qu'une « puissance thermique nominale encore supérieure ».
L'étude d'impact aurait dû permettre, selon l'ordonnance, d'« évaluer les effets susceptibles d'être produits (...) sur les milieux naturels, les ressources, les nuisances, les émissions ou les risques ». Le juge mentionne aussi une « possible non-conformité aux règles de l'urbanisme » et « un doute sérieux sur la légalité du permis de construire ».
Les besoins électriques des centres de données restent scrutés
Le litige s'inscrit dans un contexte de croissance rapide des data centers liés au calcul intensif et à l'intelligence artificielle. Selon l'Ademe, les centres de données ont consommé 9,91 TWh d'électricité en France en 2024. L'Ademe estime également que ces infrastructures ont représenté une demande de 415 TWh d'électricité dans le monde en 2024.
Dans le cas d'Alixan, la décision du tribunal ne se prononce pas sur l'opportunité industrielle du projet, mais sur la procédure d'autorisation et l'examen préalable de ses effets environnementaux. La procédure au fond devra déterminer si le permis délivré par la commune pouvait légalement être accordé sans étude d'impact.