Une contrainte de conception, pas une interdiction
Le débat sur la RE2020 s’est tendu avec les fortes chaleurs, plusieurs élus du Rassemblement national accusant cette réglementation de bloquer l’installation de systèmes de refroidissement. Le député RN Jean-Philippe Tanguy l’a qualifiée de « blabla technocratique et bureaucratique épouvantable » rendant, selon lui, la climatisation « impossible ».
Pascal Housset, président de l’Union des métiers de la climatisation et de la couverture au sein de la Fédération française du bâtiment, conteste cette lecture : « Les textes de la RE2020 n'interdisent aucunement la climatisation ». La règle s’applique aux logements, bureaux, écoles primaires, collèges et lycées dont les permis de construire ont été déposés depuis 2022, avec encore peu d’opérations achevées sous ce cadre.
Le champ de la réglementation a été étendu le 1er mai 2026 à d’autres catégories de bâtiments, dont les établissements de santé, les crèches et les Ehpad. Selon le ministère chargé de la Transition écologique, la RE2020 concerne désormais progressivement la construction neuve au-delà du logement et des bâtiments d’enseignement déjà intégrés dans les premières étapes.
La climatisation alourdit le calcul énergétique
Lorsqu’un projet intègre un dispositif de refroidissement, souvent une pompe à chaleur réversible plutôt qu’un climatiseur dédié, la consommation théorique prise en compte dans le calcul réglementaire augmente. Guillaume Meunier, consultant à l’Institut français pour la performance du bâtiment, explique que le maître d’ouvrage doit alors compenser par « plus d'efforts » sur l’enveloppe du bâtiment.
Ces efforts peuvent passer par des protections solaires, une isolation renforcée, une conception limitant les apports thermiques ou une réduction de certains vitrages. « Cela revient à demander de mettre des protections solaires et à mieux isoler le bâtiment », résume Guillaume Meunier, qui juge cohérent d’éviter le refroidissement actif dans des bâtiments insuffisamment protégés du rayonnement solaire.
Robin Rivaton, entrepreneur dans l’immobilier et auteur d’un rapport sur la RE2020 commandé par le gouvernement, critique cependant la méthode de calcul, qui « sur-exagère la consommation de la climatisation » selon lui. Pour maintenir la conformité avec une climatisation, il estime qu’un projet peut devoir accroître l’épaisseur d’isolant, choisir des matériaux plus performants et plus coûteux, ou réduire les surfaces vitrées.
Dans le rapport remis au ministère du Logement en 2025, Robin Rivaton évaluait le surcoût d’investissement lié à la RE2020 à +11% à horizon 2035, selon le communiqué ministériel publié lors de sa remise. Ce rapport signalait aussi une possible dégradation de la qualité d’usage des logements, notamment sur les espaces extérieurs et certaines caractéristiques architecturales.
Le confort d’été reste au centre du compromis
Alexandre Aglave, cofondateur du bureau d’études Actemiss, estime qu’il est « très difficile, voire impossible de rendre conforme un projet avec de la climatisation à la RE2020 », car la réglementation vise à « éviter une climatisation systématique ». Robin Rivaton avance que certains propriétaires de maisons ajouteraient un refroidissement après coup, en dehors du calcul initial.
Pascal Housset répond que des bâtiments neufs peuvent déjà être conçus avec climatisation : « Bien sûr qu'il est possible de construire avec de la climatisation, on le fait déjà ». Des ajustements sont également prévus pour éviter de bloquer l’installation de climatiseurs dans le pourtour méditerranéen et son arrière-pays, où les besoins de rafraîchissement sont plus élevés.
La RE2020 mesure le confort d’été avec un indicateur exprimé en degrés-heures d’inconfort. Le guide officiel RE2020 retient un seuil nocturne de 26 °C et, en journée, un seuil adaptatif compris entre 26 °C et 28 °C selon les températures des jours précédents, afin d’évaluer les périodes où l’occupation devient inconfortable.
Robin Rivaton considère que la RE2020 n’a pas ignoré ce sujet, mais juge insuffisant le plafond d’inconfort thermique à ne pas dépasser, équivalent selon lui à 25 jours par an à plus de 28 °C. Le gouvernement a déjà commencé à modifier la réglementation : un décret publié en mars 2026 a assoupli certaines « rigidités » pesant sur la qualité des logements, selon le ministre du Logement Vincent Jeanbrun.
Le gouvernement prépare de nouveaux ajustements
Christophe Millet, président du Conseil national de l’ordre des architectes, défend l’objectif initial de la norme : « avoir des logements les plus confortables possibles en consommant le moins d'énergie possible, aussi bien pour l'été que pour l'hiver ». Il estime qu’une conception architecturale adaptée peut, dans certains cas, permettre d’éviter la climatisation.
Guillaume Meunier rappelle que le premier objectif de la réglementation était de « réduire les consommations d'énergie », principalement liées au chauffage hivernal, et de diminuer la dépendance au pétrole. Le ministère compte désormais consulter les professionnels afin de « faire évoluer la RE2020 sur le confort d'été », en incluant explicitement « la question de la climatisation » dans ces travaux.