Un décret attendu pour acter la stratégie

La troisième Stratégie nationale bas carbone, dite SNBC 3, doit être entérinée par décret d'ici à la fin de la semaine, selon le ministère de la Transition écologique. Elle fixe une sortie de la consommation de charbon à l'horizon 2030, du pétrole d'ici à 2045 et du gaz fossile en 2050.

La ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature Monique Barbut a relié cette feuille de route aux épisodes de chaleur récents. « Cette actualité nous rappelle le besoin d'accélérer notre adaptation, mais n'occulte pas pour autant la nécessité de mener des efforts tout aussi soutenus en matière de décarbonation. Car la première résolution face au changement climatique reste la baisse des émissions », a-t-elle déclaré.

La stratégie confirme l'objectif d'une baisse de 50 % des émissions territoriales de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990, puis d'un équilibre en 2050 entre les émissions résiduelles et les absorptions de carbone. Selon le ministère, les émissions françaises hors puits de carbone se sont établies à 367,0 MtCO2e en 2024, puis à 359,4 MtCO2e selon l'estimation provisoire pour 2025.

Transports, agriculture et industrie concentrent les trajectoires sectorielles

La SNBC 3 détaille les baisses attendues dans les principaux secteurs émetteurs, notamment les transports, l'agriculture, les bâtiments, l'industrie et les déchets. Monique Barbut a indiqué que l'enjeu était « d'en accélérer le déploiement », en référence aux solutions permettant de se déplacer, de se chauffer et de produire avec moins d'énergies fossiles.

Dans les transports, le texte vise une quasi-neutralité carbone en 2050, portée par les biocarburants, l'électrification et la sobriété. Il prévoit que les ventes de véhicules neufs atteignent 66 % de voitures électriques et 90 % d'autobus électriques d'ici 2030.

Pour l'agriculture, le gouvernement retient une diminution des émissions de 26 % en 2030 et de 53 % en 2050 par rapport à 1990. Les leviers cités portent sur les émissions des troupeaux, les déjections animales, les engins et les infrastructures agricoles.

Dans l'industrie, la trajectoire affichée prévoit une baisse de 70 % des émissions en 2030 et de 96 % en 2050, également par rapport à 1990. Le texte met en avant l'électrification des procédés, la sobriété et la captation du carbone, tandis que le dossier gouvernemental associé à la SNBC 3 chiffre entre 4 et 8 MtCO2 par an le captage de carbone visé dans l'industrie en 2030.

Une feuille de route issue de consultations

Le projet de cette stratégie avait été publié en décembre avant plusieurs consultations. Lors de la première conférence sur la sortie des énergies fossiles organisée fin avril à Santa Marta, en Colombie, avec une cinquantaine de pays volontaires, les engagements français avaient été salués.

Le gouvernement a aussi lancé en avril un plan d'électrification de l'économie couvrant l'industrie, les transports et le numérique. Cette orientation s'articule avec la programmation pluriannuelle de l'énergie, qui encadre les trajectoires de production et de consommation énergétiques.

Selon le dossier gouvernemental présenté avec la SNBC 3, 80 milliards d'euros d'investissements additionnels publics et privés seraient nécessaires d'ici 2030 pour accompagner la transformation de l'économie française. Cette estimation renvoie à la Stratégie pluriannuelle de financement de la transition écologique publiée le 27 octobre 2025.

Les ONG demandent plus de cohérence dans l'exécution

La présentation de la SNBC 3 intervient après trois épisodes de chaleur intenses et précoces en moins de deux mois dans l'ouest de l'Europe. Le gouvernement français a été critiqué sur le rythme de l'adaptation, notamment après un nouveau gel de 163 millions d'euros sur le Fonds vert, destiné à accélérer la transition écologique dans les collectivités locales.

La directrice des programmes du Réseau Action Climat Anne Bringault, présente au ministère, a jugé la stratégie insuffisante sur certains leviers. « Est-ce que c'est la SNBC qu'auraient faite les ONG? Non, clairement, on aurait davantage appuyé sur la sobriété notamment dans le transport international », a-t-elle affirmé.

Anne Bringault a également demandé davantage de « transparence » sur les leviers retenus et « une mise en cohérence des politiques avec ces trajectoires ». La baisse des émissions françaises a ralenti en 2024 et 2025, avec des reculs de 3 % puis de 2,1 %, après des diminutions de 6,8 % en 2022 et de 3,9 % en 2023.