À l'heure des pénuries et des chaînes d'approvisionnement perturbées, la France veut profiter de sa présidence européenne tournante pour accélérer quatre gros projets d'investissements européens permettant aux États membres de déroger aux règles de la concurrence en subventionnant directement des industries d'avenir stratégiques. "La crise a servi de révélateur sur certaines pénuries, notamment dans le domaine de la santé et ensuite en sortie de crise sur les composants critiques et matières premières", explique une source à Bercy, citant l'exemple des semi-conducteurs.
Paris, avec ses partenaires européens, veut pousser quatre "projets importants d'intérêt européen commun", appelés PIIEC en jargon bruxellois, portant sur les domaines de la santé, du cloud, de l'électronique (semi-conducteurs) ainsi que de l'hydrogène, jugés stratégiques pour l'avenir, précise le ministère, qui entend "aller le plus loin possible sous la présidence française". Ces PIIEC sont des instruments européens permettant de mobiliser des investissements publics sur des projets industriels, souvent de rupture, auxquels s'ajoutent, en majorité, des investissements privés. La Commission pose comme condition aux États membres de se coordonner sur un même projet.
Hors PIIEC, selon les règles de concurrence internationales, seules les aides publiques à la recherche et au développement sont autorisées, et encore avec beaucoup de controverses comme l'ont montré plus de 30 ans d'affrontement des deux côtés de l'Atlantique autour des aides à l'aéronautique. Bercy mise sur une notification de ces quatre projets auprès de la Commission européenne sous la présidence française, donc d'ici à la fin du premier semestre, une fois que l'ensemble des projets et entreprises impliqués auront été identifiés. Il reste toutefois une incertitude de calendrier pour l'un des PIIEC.
De son côté, la France entend mobiliser huit milliards d'euros entre ces quatre projets et les deux précédents PIIEC portant sur l'électronique et les batteries électriques, afin de gagner en indépendance et "développer des chaînes de valeur sur le territoire français et européen", précise Bercy, sans donner d'indications sur les investissements mis sur la table par ses partenaires européens.
Le renforcement industriel et l'autonomie en approvisionnement du Vieux Continent sera au coeur d'une conférence au ministère de l'Économie jeudi, rassemblant le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton, le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic et les ministres français de l'Économie et de l'Industrie Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher.
Ce sommet doit aborder la question des vulnérabilités et dépendances stratégiques en Europe et des manières de tenter d'y apporter des réponses, également en matière de sécurisation des matières premières indispensables pour la transition énergétique, au premier rang desquels les métaux et minéraux destinés aux batteries électriques.
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