Deux blocus concurrents autour des flux maritimes

Les États-Unis ont mené mercredi deux salves distinctes contre les côtes iraniennes, au lendemain du rétablissement par Washington du blocus des ports iraniens. Un avion militaire américain a également tiré sur un pétrolier vide, le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, que l'armée américaine accuse d'avoir tenté de forcer ce dispositif.

Le navire a été « neutralisé », selon l'armée américaine, alors qu'il se dirigeait vers un port iranien. L'Iran avait de son côté refermé le détroit d'Ormuz le week-end dernier et affirme que cette voie maritime restera bloquée tant que se poursuivront les « agressions » américaines.

Le négociateur iranien en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, a estimé mercredi que l'accord conclu à la mi-juin n'avait plus de portée opérationnelle. « Un protocole d'accord n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées ; si l'Iran ne doit (en) tirer aucun bénéfice (...), nous n'avons aucune raison de nous y conformer », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les frappes visent des zones portuaires et militaires

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, attribuées à l'Iran. Les bombardements conduits depuis cette date sont les plus importants depuis le cessez-le-feu d'avril, même si Téhéran ainsi que les installations pétrolières et gazières du Golfe n'ont pas été touchées à ce stade.

Washington a de nouveau frappé mercredi la ville portuaire de Bouchehr, dans le sud de l'Iran, où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, ainsi que les environs d'Iranshahr, dans le sud-est. L'armée iranienne a fait état de sept militaires tués et de treize tirs de missiles américains.

L'armée américaine a affirmé que ces frappes avaient « encore réduit la capacité de l'Iran à attaquer les navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz ». En fin de journée, elle a indiqué avoir conduit une seconde série d'opérations poursuivant le même objectif.

Des médias d'État iraniens ont rapporté des explosions à Bandar Abbas, Rask, Chabahar et sur l'île de Qeshm. Selon ces mêmes médias, un hôpital d'Ahvaz, dans le sud-ouest de l'Iran, a été évacué après des frappes américaines dans la région, les patients ayant été transférés vers d'autres établissements.

Les attaques s'étendent à plusieurs pays du Golfe

L'Iran a aussi visé des installations américaines dans la région, ce qui complique les efforts diplomatiques visant à stabiliser le cessez-le-feu rompu. Mercredi soir, des explosions ont été entendues près du consulat des États-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones ayant déclenché la défense antiaérienne.

Au Koweït, déjà touché dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit de mercredi à jeudi répondre à des attaques de drones iraniens. Des sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn.

Le dernier bilan communiqué par le gouvernement iranien fait état de plus de trente civils tués depuis la reprise des affrontements. Khadijeh, artisane de 31 ans vivant dans la province du Sistan-Baloutchistan, affirme que « les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin ».

Dans la même région, Nadin, enseignante de 27 ans, décrit une population prise entre la guerre et les difficultés économiques. « Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques », dit-elle.

Le marché pétrolier reste suspendu au trafic d'Ormuz

Avant la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains, environ un cinquième du pétrole et du GNL mondiaux transitait par le détroit d'Ormuz, situé entre les eaux iraniennes et omanaises. L'Agence internationale de l'énergie évaluait à 20 millions de barils par jour les volumes de pétrole brut et de produits pétroliers passés par ce corridor en 2025.

Le trafic maritime s'est fortement contracté après les attaques visant plusieurs pétroliers. La société de suivi maritime Kpler a recensé treize navires commerciaux dans la zone mardi.

Les cours du pétrole ont peu évolué mercredi après leur nette hausse du début de semaine, le Brent évoluant autour de 85 dollars le baril. Selon l'Energy Information Administration américaine, le Brent avait déjà atteint en moyenne 85 dollars le baril en juin 2026, après un pic mensuel observé en avril dans le contexte des perturbations liées à Ormuz.

Donald Trump entend utiliser le blocus des ports iraniens comme levier de pression sur Téhéran. Le président américain a toutefois annoncé mercredi soir la libération de Dena Karari, citoyenne américano-iranienne retenue selon lui depuis 2024, son avocat Jared Genser affirmant qu'elle était bloquée en Iran sous de « fausses accusations de collaboration avec un État hostile et d'espionnage ».