Le gouvernement norvégien a surpris les économistes mardi en amendant son budget dans un sens expansif grâce à des ponctions accrues dans l'énorme fonds souverain du pays, alimenté par les revenus pétroliers de l'État.

Le projet de loi de finances rectificative présenté le même jour prévoit de puiser 238,1 milliards de couronnes (24,2 milliards d'euros) dans le fonds de plus de 1 000 milliards de dollars, soit 6,9 milliards de couronnes de plus que dans son projet de budget initial en octobre.

Cette utilisation accrue de la manne pétrolière ajoutera 0,5 point à la croissance de l'économie norvégienne alors que le projet de budget initial se voulait neutre. Pour la ministre des Finances Siv Jensen, cette impulsion est en trompe l'oeil, reflétant essentiellement le fait que les dépenses publiques avaient été moindres que prévu l'an dernier.

Mme Jensen a aussi fait valoir la diminution des rentrées fiscales due à la popularité des voitures électriques, quasiment pas taxées en Norvège, ou encore des dépenses exceptionnelles comme celles générées par le naufrage d'une frégate de la Marine l'automne dernier.

Mais de nombreux économistes ont exprimé leur surprise, jugeant que la robustesse de l'économie norvégienne plaidait en faveur d'une certaine retenue budgétaire. Selon le gouvernement lui-même, la croissance devrait atteindre 2,7% cette année, après 2,2% l'an dernier, et 2,5% en 2020.

"Étonnamment expansif", a commenté Marius Gonsholt Hov, économiste chez Handelsbanken. Cela "accroît la possibilité de deux hausses des taux supplémentaires cette année".

À contre-courant des autres banques centrales des pays industrialisés, la Banque de Norvège a résolument engagé un resserrement monétaire malgré les incertitudes planant sur l'économie mondiale: après deux hausses des taux depuis septembre, elle a laissé entrevoir un nouveau tour de vis pour juin. "L'impulsion accrue (...) est un argument pour que la Banque de Norvège relève sa trajectoire des taux et vise ainsi une hausse du taux directeur en septembre également", estime Kyrre Aamdal, économiste chez DNB Markets.

Certains économistes notent aussi que 2019 était une année électorale en Norvège avec des élections locales cet automne et que trois des quatre partis composant le gouvernement de droite étaient actuellement à la peine dans les sondages.

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