Un vote serré
Le texte porté par le sénateur de Guyane Georges Patient (groupe macroniste), déjà adopté au Sénat, a été rejeté à l’Assemblée nationale par 74 voix contre 64 lors d’une journée réservée au groupe communiste et ultramarin (GDR). La coalition en faveur du texte a réuni des députés ultramarins, des élus communistes, RN‑UDR, Horizons et LR, face à l’essentiel du groupe macroniste et au reste de la gauche, dont LFI, PS et écologistes.
À l’issue du scrutin, le rapporteur Jean‑Victor Castor (député de Guyane, GDR) a dénoncé « une façon paternaliste de nous dire ce qui est bon et ce qui n'est pas bon pour nous » et a appelé « les Guyanais à la désobéissance civile ». Le ministre de l’Économie Roland Lescure a « regretté » ces propos en réaffirmant son opposition au texte, qualifié de « mirage d'une richesse qui tomberait du ciel » ou « émergerait des bas-fonds ».
Le ministre a indiqué privilégier l’exploitation « minière responsable » et le « potentiel considérable en matière d’énergie renouvelable ». Citant le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, il a souligné les chances « extrêmement faibles » de succès de nouvelles explorations d’hydrocarbures en Guyane. « Chiche ! », a rétorqué Jean‑Victor Castor. « Si vous considérez qu'il n'y a rien, vous n'avez pas à avoir peur ».
Un texte ciblant la loi Hulot de 2017
La proposition visait à lever, dans les territoires d’Outre‑mer, l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures, revenant sur certaines dispositions de la loi Hulot de 2017 qui prohibe toute prospection sur terre comme en mer. Ses promoteurs ont mis en avant les difficultés économiques de la Guyane et de Mayotte, ainsi qu’un contexte régional jugé défavorable pour les territoires français (face au boom pétrolier de pays voisins).
« Le Guyana exploite, le Suriname exploite, le Brésil exploite, le Venezuela exploite », a martelé Davy Rimane (Guyane, GDR), en référence à la dynamique pétrolière des pays voisins, dont le Guyana. Face aux journalistes, Davy Rimane a dénoncé, sans citer de nom, une « gauche moralisatrice et paternaliste » et s’est dit « en rupture » avec elle.
Un député RN appelle à lever l'interdiction sur tout le territoire national
Le député RN Alexandre Loubet a, pour sa part, défendu l’idée d’« étendre la levée d’interdiction à l’ensemble du territoire national car nous avons des potentiels inexploités en métropole ».
À l’inverse, la députée écologiste Julie Laernoes a estimé que le texte constituerait « une démission écologique » et « une menace pour des territoires déjà les plus exposés (au) changement climatique ». Maxime Laisney (LFI) a également invoqué l’argument environnemental, affirmant qu’au « Guyana et au Suriname » les « profits faramineux » des « compagnies pétrolières ne ruissellent pas jusque sur les habitants ».